Quand la rivière Oubangui devient un pont pour le commerce informel
Une économie parallèle au cœur de la relation Bangui-Zongo
Chaque jour, des dizaines de commerçants centrafricains traversent la rivière Oubangui à bord de pirogues pour rejoindre Zongo, en République démocratique du Congo. Cette ville, située à quelques minutes de la capitale centrafricaine Bangui, est devenue une véritable source d’approvisionnement pour les produits agricoles. En retour, Bangui fournit des produits manufacturés. Cette dynamique illustre une forte interdépendance économique entre les deux rives, portée essentiellement par le secteur informel.
Le quotidien des commerçants informels
Dès l’aube, les piroguiers s’activent à Port Beach, à Bangui, pour préparer la traversée. Parmi les passagers, des figures familières comme Flora, une vendeuse de légumes, font la navette depuis des années. Elle s’approvisionne à Zongo en raison de la proximité géographique, de la richesse agricole de la région, et des difficultés logistiques sur le territoire centrafricain. Comme elle, de nombreux commerçants profitent de cette proximité pour faire vivre leur commerce, malgré les contraintes d’un statut non formel.
Des échanges non régulés, mais essentiels
Non enregistrés officiellement, ces commerçants échappent à la fiscalité classique, tout en s’acquittant de taxes à chaque traversée (environ 500 FCFA). Jacob, vendeur d’articles électroniques, explique ainsi qu’il préfère cette méthode informelle, faute de moyens pour créer une entreprise formelle. Pour lui, l’Oubangui est bien plus qu’un simple cours d’eau : c’est un lien vital avec une économie accessible.
Un secteur informel structurant mais vulnérable
Le commerce informel autour de la rivière Oubangui représente environ 60 % des emplois locaux, selon la Fédération des entreprises du Congo. Même les petites industries de Bangui, comme les savonneries, dépendent de matières premières congolaises, notamment l’huile de palme. Toutefois, cette activité reste précaire : les commerçants doivent faire face à des tracasseries administratives et à un racket policier. Les autorités centrafricaines, conscientes du poids économique de ce secteur, cherchent à le structurer et à mieux l’intégrer dans le système fiscal national.
Conclusion
Le commerce informel sur la rivière Oubangui n’est pas qu’une activité de survie : il est devenu un véritable moteur économique pour Bangui et Zongo. Porté par des échanges transfrontaliers quotidiens, il reflète la résilience des populations face à l’enclavement, aux difficultés logistiques et à l’absence d’infrastructures. À travers cette économie parallèle, c’est toute une région qui s’organise, s’adapte, et montre que, parfois, les solutions les plus efficaces viennent du terrain, et non des administrations.

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