Patrimoine mondial : l’Unesco accélère pour combler le retard de l’Afrique
Trois sites africains sortent de la liste du patrimoine en péril
L’Unesco a annoncé, lors de sa session du 9 juillet à Paris, le retrait de trois sites africains de la liste du patrimoine mondial en péril :
- Les Forêts humides de l’Atsinanana à Madagascar,
- Le site d’Abou Mena en Égypte,
- L’ancienne ville de Ghadamès en Libye.
Ces retraits marquent une avancée significative pour le continent, longtemps sous-représenté dans les listes de l’organisation onusienne. « Quand des sites quittent la Liste du patrimoine mondial en péril, c’est une grande victoire pour tous », s’est félicitée Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, saluant l’effort particulier accordé à l’Afrique ces dernières années.
Une présence encore marginale de l’Afrique sur la liste du patrimoine mondial
Malgré les progrès, les sites africains ne représentent que 8,8% des 1 223 biens inscrits au patrimoine mondial. Onze pays africains, parmi lesquels les Comores, la Somalie ou le Liberia, n’y comptent encore aucun site.
Une situation paradoxale pour un continent à la diversité culturelle, naturelle et historique immense, d’autant plus que l’origine de la Convention du patrimoine mondial de 1972 remonte à une campagne de sauvetage en Afrique : celle du temple d’Abou Simbel en Égypte.
Les causes du retard : conflits, climat, manque de moyens
Selon Lazare Eloundou Assomo, directeur du Centre du patrimoine mondial, les raisons du retard africain sont complexes :
- Manque d’expertise et de financement,
- Conflits armés (comme à Tombouctou ou dans les Virunga),
- Effets du changement climatique,
- Pressions sur les ressources naturelles.
Douze des 53 sites les plus menacés au monde se trouvent aujourd’hui en Afrique, exposés aux risques de braconnage, pillages, ou de destruction en zones de guerre, comme au Soudan.
Une stratégie de soutien renforcée par l’Unesco
Depuis cinq ans, l’Unesco déploie des stratégies ciblées pour sortir les sites africains de la liste en péril. C’est le cas du :
- Parc national de la Salonga (RDC),
- Parc national de Niokolo-Koba (Sénégal),
- Tombeaux des rois Buganda (Ouganda),
- Et plus récemment, des Forêts humides de l’Atsinanana (Madagascar), grâce à un plan d’action ambitieux, combinant restauration écologique, surveillance satellite et lutte contre le trafic de bois précieux.
Vers une meilleure représentativité : nouvelles candidatures africaines
Quatre nouvelles candidatures africaines sont à l’étude cette semaine à Paris, dont deux émanant de pays encore absents de la liste :
- L’archipel des Bijagos (Guinée-Bissau), haut lieu de biodiversité marine et terrestre,
- Le complexe Gola-Tiwai (Sierra Leone), vaste forêt primaire riche en faune menacée.
Les deux autres dossiers sont : - Les Monts Mandara (Cameroun),
- Le Mont Mulanje (Malawi).
L’Unesco soutient activement ces dossiers en apportant formation, accompagnement technique et en encourageant la participation des communautés locales.
Une nouvelle approche : valoriser l’authenticité culturelle africaine
Lors de la conférence de Nairobi en mai dernier, l’Unesco a adopté le Document de Nairobi sur l’authenticité du patrimoine, qui vise à mieux prendre en compte les spécificités africaines :
- Traditions orales,
- Pratiques vivantes,
- Contexte social et communautaire.
Cette redéfinition de l’authenticité, jusqu’alors dominée par des critères architecturaux occidentaux, doit permettre davantage de souplesse dans l’évaluation des biens africains et ouvrir la voie à de nouvelles inscriptions.
Conclusion
L’Afrique est encore loin d’être justement représentée sur la liste du patrimoine mondial, mais les efforts conjoints de l’Unesco, des États africains et des communautés locales commencent à porter leurs fruits. Avec une stratégie de soutien ciblée, une revalorisation des critères culturels et l’inclusion de pays encore absents, l’organisation entend rétablir un équilibre historique. D’ici la fin de la semaine, les décisions d’inscription à Paris diront si cette volonté se traduit aussi en actes.

Une réflexion pertinente et bien argumentée.