Ahunna Eziakonwa : « L’architecture financière mondiale a été pensée dans un monde différent »
Une conférence décisive pour l’avenir du développement mondial
Ce 30 juin 2025, la ville de Séville accueille la quatrième conférence internationale sur le financement du développement (FfD4), un sommet d’envergure mondiale qui s’étendra jusqu’au 3 juillet. L’enjeu est de taille : il s’agit de revoir en profondeur les mécanismes qui régissent le financement du développement, notamment en tenant compte des défis contemporains tels que la dette écrasante des pays du Sud global, la transition climatique et la nécessité d’une gouvernance mondiale plus inclusive.
Dans ce contexte, Ahunna Eziakonwa, directrice du bureau régional pour l’Afrique au sein du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), rappelle avec force une vérité incontournable : « L’architecture financière mondiale a été pensée dans un monde différent ». Une déclaration qui résonne comme un appel à la refondation.
Un système obsolète face aux réalités actuelles
Pour Ahunna Eziakonwa, les structures financières internationales actuelles — de la Banque mondiale au FMI — reposent sur des fondations héritées de l’après-Seconde Guerre mondiale. Or, ces institutions ont été conçues dans un contexte géopolitique, économique et social qui n’a plus grand-chose à voir avec celui des années 2020.
« Les pays du Sud sont confrontés à une triple crise : dette, climat et pauvreté », souligne-t-elle. Pourtant, ces mêmes pays doivent s’inscrire dans un système où les règles sont dictées par les nations les plus riches, souvent sans réelle représentation équitable. Cela crée un déséquilibre fondamental dans la répartition des ressources et dans la capacité des pays en développement à planifier durablement leur avenir.
Le poids insoutenable de la dette
La question de la dette des pays en développement occupera une place centrale dans les débats à Séville. De nombreux États africains consacrent aujourd’hui une part majeure de leur budget au remboursement de leurs dettes, au détriment des investissements dans l’éducation, la santé ou les infrastructures. Ahunna Eziakonwa appelle à une restructuration de ces dettes dans une optique de justice et de viabilité.
Elle plaide également pour des mécanismes plus souples et équitables, permettant aux pays du Sud de bénéficier de financements à des taux préférentiels lorsqu’ils investissent dans des domaines d’intérêt global, tels que la lutte contre le réchauffement climatique.
Mobiliser des financements privés et climatiques
Au-delà des fonds publics, la mobilisation du secteur privé sera également cruciale. Eziakonwa insiste sur le besoin d’un environnement de confiance, d’un cadre réglementaire cohérent et d’un accompagnement pour canaliser les capitaux privés vers des projets à fort impact social et environnemental. Elle appelle également à un accès élargi aux financements climatiques, actuellement très inégalement répartis.
« L’Afrique, qui contribue le moins au réchauffement climatique, en subit les conséquences les plus dramatiques », rappelle-t-elle. Un paradoxe qui, selon elle, ne pourra être résolu que par un rééquilibrage profond des priorités dans les flux financiers internationaux.
Conclusion : une refonte impérative et urgente
La conférence FfD4 de Séville s’annonce comme une opportunité historique de revisiter les règles du jeu économique mondial. Pour Ahunna Eziakonwa, il ne s’agit pas simplement d’ajuster quelques paramètres, mais bien de refonder une architecture financière mondiale adaptée aux réalités du XXIe siècle. Une architecture plus équitable, plus représentative et surtout plus humaine.
Les prochaines années seront décisives. Si les promesses formulées à Séville se traduisent en actions concrètes, elles pourraient amorcer un tournant décisif pour les pays du Sud — et pour un développement mondial plus juste et durable.
