RDC-Rwanda : « Cet accord est basé sur le principe du retrait du Rwanda du Congo », souligne Jason Stearns
Un accord de paix sous haute surveillance
Ce vendredi 27 juin 2025, un accord de paix historique entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda doit être signé à Washington, sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Resté confidentiel jusqu’à présent à la demande de Washington, le contenu de l’accord commence à se dévoiler grâce aux révélations du chercheur Jason Stearns, cofondateur de l’institut congolais Ebuteli.
Dans un entretien exclusif à RFI, Stearns explique que ce nouvel accord s’inscrit dans la lignée de ceux des deux dernières décennies : il repose avant tout sur un principe central — le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Un retrait conditionné et des opérations conjointes
Selon Jason Stearns, le cœur de l’accord prévoit un retrait simultané : le Rwanda retirerait ses forces armées tandis que la RDC s’engagerait à intensifier ses opérations contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), une milice hostile au régime de Kigali. Cette simultanéité soulève cependant de nombreuses inquiétudes : chacun des deux pays pourrait accuser l’autre de ne pas respecter ses engagements.
« C’est l’un des principaux risques de l’accord », estime Stearns. Il précise que la plupart des FDLR sont présents dans des zones actuellement contrôlées par le M23 et l’armée rwandaise, ce qui complique toute action militaire de Kinshasa sans un retrait préalable du Rwanda.
Un accord fragile, sans les M23 à la table
Autre sujet de préoccupation : l’absence des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) parmi les signataires. Si l’accord prévoit que le Rwanda incite le M23 à se retirer de villes stratégiques comme Goma et Bukavu, les rebelles ne sont pas directement associés au processus, laissant planer le doute sur leur coopération.
« C’est un angle mort préoccupant », reconnaît Jason Stearns. Le Rwanda pourrait toujours nier son influence sur le M23, même si cette influence est largement documentée par la communauté internationale. De son côté, Kinshasa mise sur un affaiblissement mécanique du M23 une fois le soutien rwandais retiré — un pari incertain.
Des garanties limitées mais des incitations économiques
Concernant les garanties d’application de l’accord, un mécanisme conjoint de vérification sera mis en place, impliquant les États-Unis et potentiellement d’autres pays de la sous-région. Des satellites américains pourraient jouer un rôle crucial dans la surveillance du retrait des troupes.
Cependant, il n’existe aucune garantie formelle. Stearns rappelle que la motivation des parties repose en grande partie sur des « carottes économiques » : les États-Unis auraient promis des investissements importants dans l’est du Congo, notamment dans le secteur minier, à condition que la paix soit préservée. Le Rwanda, de son côté, bénéficierait d’un rôle stratégique dans l’exportation des minerais, créant un intérêt économique commun pour stabiliser la région.
Le défi du démantèlement du M23
Même en cas de retrait rwandais, le M23 ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Selon Jason Stearns, la rébellion a consolidé son emprise dans les territoires occupés : nouvelles recrues, administration parallèle, contrôle coutumier… Tout un système a été mis en place.
« Il faudra plus qu’un accord pour défaire cette structure », avertit-il. Le texte prévoit toutefois une intégration politique du M23, avec la possibilité pour ses membres de se constituer en parti et, pour certains, d’intégrer les forces armées congolaises ou un programme de démobilisation.
Conclusion : une avancée incertaine mais incontournable
L’accord RDC-Rwanda représente une tentative de désescalade majeure dans un conflit qui mine la région des Grands Lacs depuis plus de deux décennies. S’il est ambitieux et potentiellement porteur de paix, il repose néanmoins sur des équilibres précaires et des engagements mutuels difficiles à vérifier.
Jason Stearns insiste : la réussite de cet accord dépendra entièrement de sa mise en œuvre et de la pression continue des acteurs régionaux et internationaux. Sans un suivi rigoureux — et une volonté politique réelle des deux parties — l’accord pourrait vite rejoindre la longue liste des tentatives avortées de pacification de l’est congolais.
