Tchad : Prolongation de la garde à vue d’un journaliste, inquiétudes sur la liberté de la presse
Une détention jugée arbitraire
Mbaindinguim Monodji Olivier, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Pays et correspondant de Radio France Internationale (RFI) au Tchad, demeure en garde à vue depuis mercredi. Sa détention, dénoncée comme « arbitraire » par ses avocats, a été prolongée jusqu’au lundi 10 mars 2025.
L’Union des journalistes de la Presse Libre Africaine (UJPLA) a fustigé une arrestation opérée « dans une opacité surprenante et totale » et « sans aucun document juridique justificatif », selon un communiqué publié vendredi.
Une interpellation sans justification officielle
Le journaliste a été arrêté mercredi alors qu’il se trouvait dans les locaux de son journal. Des policiers lui ont présenté un mandat d’amener signé par le procureur de la République et ont saisi son ordinateur. Cependant, aucun motif officiel ne lui a été communiqué, selon RFI.
Depuis son placement en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire, une audition a été amorcée vendredi, mais rapidement suspendue par ses avocats en raison de la présence d’un individu non identifié aux côtés des policiers.
Vives réactions et appels à sa libération
L’arrestation du journaliste a suscité une vague d’indignation au sein de la profession et de la société civile. Le Patronat de la Presse Tchadienne (PPT) a exigé sa « libération immédiate et inconditionnelle », exhortant le procureur à « clarifier les circonstances de cette interpellation ».
L’UJPLA a également appelé les autorités tchadiennes à respecter la liberté de la presse et à garantir la sécurité des journalistes.
Une répression croissante contre les voix dissidentes
Ces derniers mois, plusieurs journalistes, militants politiques et membres de la société civile ont été arrêtés dans des conditions opaques, parfois assimilables à des enlèvements, selon des organisations de défense des droits humains.
En août dernier, Badour Badour Oumar Ali, rédacteur en chef de la rédaction web de Tchadinfos, avait été interpellé par les services de renseignement avant d’être relâché sous la pression d’une mobilisation nationale et internationale. Selon l’Association des Médias en Ligne du Tchad (AMET), au moins deux autres journalistes ont été placés en détention arbitraire depuis.
Un climat politique verrouillé
Mahamat Idriss Déby Itno, arrivé au pouvoir à la tête d’une junte militaire après la mort de son père en 2021, a consolidé son autorité en remportant une élection présidentielle contestée, jugée « ni crédible ni libre » par l’opposition. Son parti a ensuite dominé les élections législatives, sénatoriales et locales, marquées par le boycott de l’opposition.
La multiplication des arrestations de journalistes et d’opposants s’inscrit dans un climat de plus en plus répressif, où toute contestation du pouvoir en place semble être systématiquement étouffée.
