Goma sous les tirs, Kinshasa en ébullition avec des ambassades attaquées
Escalade des violences à Goma
Mardi, les affrontements se poursuivent dans plusieurs quartiers de Goma, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). La ville, peuplée de plus d’un million d’habitants et de nombreux déplacés, est le théâtre de combats intenses entre l’armée congolaise et le mouvement rebelle M23, appuyé par des troupes rwandaises.
Dimanche soir, après une progression rapide, les combattants du M23 et les forces rwandaises ont fait leur entrée dans cette cité stratégique, marquant une étape majeure dans une offensive qui a débuté après l’échec, mi-décembre, d’une médiation entre la RDC et le Rwanda sous l’égide de l’Angola.
La situation reste floue sur le contrôle de la ville. Des journalistes rapportent que des combattants du M23, facilement identifiables par leurs équipements, circulent sur les principales artères, tandis que des habitants bravaient les tirs pour aller puiser de l’eau au lac Kivu. Goma est privée d’eau, d’électricité, et de ravitaillement, suite à des bombardements qui ont détruit les installations.
Chaos et tensions dans les rues
Des habitants témoignent de scènes chaotiques, marquées par des pillages et des exactions. Jospin Nyolemwaka, qui a fui son quartier, raconte :
« Ils nous ont tout volé, nos téléphones, même nos chaussures. On a vu des soldats se déshabiller, jeter leurs uniformes et leurs armes. »
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a exprimé son inquiétude face à la pénurie de nourriture, suspendant ses activités en raison des violences. Selon une porte-parole du PAM, les prochaines 24 heures seront cruciales pour l’approvisionnement de la population en vivres.
Kinshasa : colère populaire et attaques d’ambassades
À Kinshasa, la crise à l’est provoque une colère palpable. Mardi, des manifestants ont attaqué plusieurs ambassades, notamment celles du Rwanda, accusé par le gouvernement congolais de soutenir le M23. Les représentations de la France, de la Belgique et des États-Unis ont également été ciblées, les manifestants reprochant à ces nations leur inaction face à la situation.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a qualifié les attaques contre l’ambassade de France d’« inadmissibles ».
Réactions diplomatiques et appels au cessez-le-feu
Dans ce contexte tendu, une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue mardi après-midi, après que le gouvernement congolais a jugé insuffisantes les déclarations précédentes de l’ONU, qu’il accuse de ne pas exiger clairement le retrait des troupes rwandaises.
L’Union africaine a convoqué une session d’urgence, et une rencontre entre les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame est prévue mercredi à Nairobi. En parallèle, les présidents sud-africain Cyril Ramaphosa et rwandais Paul Kagame ont convenu de l’urgence d’un cessez-le-feu et d’une reprise des pourparlers de paix.
Bilan humain et risques sanitaires
Les affrontements ont déjà causé 17 morts et 367 blessés, selon des sources hospitalières locales. De plus, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) alerte sur les risques de propagation de maladies, comme Ebola, à partir d’un laboratoire situé à Goma.
Une situation alarmante et historique
Pour rappel, Goma avait déjà été brièvement occupée en 2012 par le M23, qui avait été militairement défait l’année suivante. Aujourd’hui, cette nouvelle crise aggrave les tensions dans une région marquée par plus de trois décennies de conflits armés et de luttes pour le contrôle des ressources naturelles.
Avec les appels à la paix et les négociations à venir, l’espoir d’un apaisement subsiste, mais la situation reste critique pour les habitants de Goma et de l’ensemble de la RDC.
