Ousmane Ndiaye : « Le mythe du militaire patriote et incorruptible ne résiste pas aux faits »

Ousmane Ndiaye : « Le mythe du militaire patriote et incorruptible ne résiste pas aux faits »

Un regard critique sur les régimes militaires en Afrique de l’Ouest

Dans son nouvel essai L’Afrique contre la démocratie (éditions Riveneuve), Ousmane Ndiaye, journaliste indépendant et ancien rédacteur en chef Afrique de TV5 Monde, démonte le mythe du militaire sauveur, souvent mis en avant pour justifier les coups d’État. Selon lui, les régimes militaires qui émergent actuellement dans plusieurs pays ouest-africains perpétuent des pratiques autoritaires et corrompues, loin des idéaux de patriotisme qu’ils prétendent incarner.

Une critique frontale des justifications sécuritaires

Ousmane Ndiaye s’attaque notamment à l’argument sécuritaire avancé par les juntes au pouvoir, comme au Mali ou au Burkina Faso. Pour lui, cet argument est « cousu de fil blanc » :

« Les militaires ont toujours été au cœur de la gouvernance politique dans ces pays. Ils ne peuvent pas se présenter comme une alternative aux civils qu’ils ont souvent eux-mêmes accompagnés ou précédés au pouvoir. »

Il rappelle notamment un audit accablant de l’armée malienne réalisé il y a dix ans par un général français, Bruno Heluin, révélant des faits de corruption à grande échelle, notamment la disparition de 800 pickups militaires, dont les moteurs auraient été détournés à des fins privées.

Une démocratie à géométrie variable

Face aux discours de certains dirigeants putschistes qui estiment que la démocratie occidentale n’est pas adaptée à l’Afrique, Ndiaye réagit fermement :

« C’est dangereux de dire que les valeurs africaines sont incompatibles avec la démocratie. Cela revient à légitimer un discours de mépris culturel. »

Selon lui, le rejet du modèle démocratique ne s’explique pas par une volonté d’adaptation culturelle, mais plutôt par une instrumentalisation politique du rejet de la France et de l’Occident, un levier efficace pour asseoir l’autorité de régimes de plus en plus liberticides.

L’illusion d’un soutien populaire

Interrogé sur la popularité de ces régimes militaires, Ndiaye appelle à la prudence :

« Dans une dictature, il n’existe pas d’opinion publique libre. Ce qu’on entend, c’est surtout le bruit du rejet de la domination postcoloniale, capté habilement par les discours militaires. »

Pour lui, les coups d’État récents sont souvent une récupération opportuniste de mobilisations sociales légitimes, transformées en outils de légitimation autoritaire.

Le double standard du Pastef

Dans son livre, l’auteur s’interroge également sur les positions ambiguës de certains acteurs politiques sénégalais, notamment du Pastef, dont les leaders Ousmane Sonko et Guy Marius Sagna soutiennent le régime militaire burkinabé malgré la répression politique qu’il exerce :

« Le Pastef s’est battu au Sénégal pour les libertés publiques, mais légitime ailleurs des régimes qui les écrasent. »

Un basculement idéologique que Ndiaye attribue à un anti-impérialisme mal orienté, qui finit par justifier l’injustifiable au nom de la résistance à l’Occident.

À travers L’Afrique contre la démocratie, Ousmane Ndiaye livre une analyse sans concession sur les dérives autoritaires actuelles dans plusieurs pays du continent. Il invite à refuser les discours simplificateurs et à défendre une démocratie exigeante, cohérente et ancrée dans les réalités africaines.

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