Mali : Vingt civils arrêtés à Diafarabé exécutés par l’armée, selon des témoins

Mali : Vingt civils arrêtés à Diafarabé exécutés par l’armée, selon des témoins

Une opération militaire qui vire à l’exécution sommaire

Au Mali, une nouvelle affaire secoue la région de Mopti. Le lundi 12 mai 2025, 27 hommes ont été arrêtés par les forces armées maliennes lors d’une opération menée sur le marché à bétail de Diafarabé, dans le centre du pays. Quatre jours plus tard, vingt corps égorgés ont été retrouvés dans trois fosses communes, selon les familles, qui ont enfin été autorisées à se rendre sur les lieux le jeudi soir.

Téléphones confisqués, fosses découvertes

Les témoins rapportent que les familles ont dû se rendre sur place sans téléphones portables, sur ordre des militaires, pour empêcher toute prise d’image. À leur arrivée, ils ont découvert les corps en état de décomposition. « Ils avaient été égorgés et jetés dans des fosses. Nous avons prié avant de les recouvrir de sable », raconte un habitant, bouleversé. L’armée, censée protéger la population, est ici accusée de meurtres extrajudiciaires.

Silence, puis indignation

Pendant trois jours, les proches des disparus avaient multiplié les manifestations, notamment devant la mairie, exigeant des réponses. Les soldats avaient d’abord affirmé que les détenus seraient « bientôt relâchés », tout en interdisant l’accès à la rive du fleuve où les prisonniers avaient été emmenés.

Des civils ciblés, selon les habitants

Plusieurs sources locales, appuyées par des leaders communautaires, assurent que les victimes étaient des commerçants civils, et non des combattants. Une accusation grave pèse donc sur les forces armées, d’autant que les prisonniers n’ont jamais été présentés à un juge, mais exécutés sans procès. Certains y voient un ciblage délibéré de la communauté peule, régulièrement stigmatisée dans ce contexte de conflit.

Réaction officielle et climat d’impunité

L’armée malienne a réagi via un communiqué publié vendredi 16 mai, annonçant l’ouverture d’une enquête de gendarmerie sur les « allégations de disparition de civils ». Elle dénonce l’instrumentalisation de ces événements à des fins subversives. Une rhétorique déjà utilisée lors d’autres accusations d’exactions. À ce jour, aucune des enquêtes promises par les autorités de transition n’a débouché sur des sanctions connues.

Risque d’escalade

Dans la foulée, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jnim, affilié à al-Qaïda), actif dans la zone, a publié un message audio condamnant ces exécutions et annonçant des représailles. Ce type d’exaction alimente le ressentiment, fragilise la cohésion sociale et renforce les discours extrémistes dans une région déjà minée par l’insécurité.

Cette affaire de Diafarabé souligne une nouvelle fois les graves dérives du conflit armé malien, où civils innocents, armée régulière et groupes armés s’entremêlent dans une spirale de violences impunies. À ce jour, les familles des victimes attendent toujours justice et vérité.

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