Israël-Iran : l’intelligence artificielle, nouvelle arme de désinformation au Sénégal

Israël-Iran : l’intelligence artificielle, nouvelle arme de désinformation au Sénégal

Une guerre virtuelle, mais bien réelle

Alors que le cessez-le-feu annoncé le 24 juin entre l’Iran et Israël semble pour l’instant respecté sur le terrain, la bataille continue de faire rage en ligne. Dans plusieurs pays, dont le Sénégal, les réseaux sociaux deviennent le théâtre d’une guerre informationnelle féroce, alimentée par des contenus manipulés. L’un des derniers exemples en date : une vidéo virale d’une prétendue manifestation pro-iranienne à Dakar, générée de toutes pièces par intelligence artificielle (IA).

Une manifestation… qui n’a jamais eu lieu

La vidéo, largement diffusée sur TikTok et Facebook, montre une foule immense rassemblée sur un boulevard du centre-ville de Dakar. Drapeaux iraniens et sénégalais, slogans en wolof scandés avec ferveur, tout semble authentique. Le mot d’ordre répété par les internautes : « Senegal moy Iran, Iran moy Senegal », soit « Le Sénégal, c’est l’Iran, l’Iran, c’est le Sénégal ».

Mais cette vidéo est entièrement fausse. Aucune manifestation de cette ampleur n’a eu lieu. L’image, générée par IA, comporte plusieurs anomalies : visages mal formés, pancartes illisibles, drapeau sénégalais incorrect, et une foule trop compacte et irréaliste. Il s’agit d’un montage conçu pour tromper.

Une infox amplifiée par l’IA générative

En retraçant la source via un identifiant TikTok, les journalistes de RFI à Dakar ont identifié le compte à l’origine de la diffusion. L’auteur se présente comme un « créateur de contenu artificiel ». Contacté, il a confirmé avoir généré la vidéo à l’aide d’un outil d’IA : Google Veo III, un logiciel payant capable de créer des clips ultra-réalistes de huit secondes, avec bande son intégrée.

Le problème : d’autres utilisateurs ont repris la vidéo sans mentionner son caractère artificiel, dans le but de désinformer. Résultat : plus d’un million de vues, et une polarisation grandissante dans les commentaires.

Réactions contrastées et tensions sociales

Sous les publications, les opinions s’affrontent : certains internautes, persuadés de la véracité des images, se disent fiers du soutien sénégalais à l’Iran. D’autres appellent à la prudence : « Ce conflit ne nous concerne pas. Ne nous laissons pas entraîner dans des divisions inutiles. »

Mais au-delà du débat géopolitique, cette désinformation nourrit des tensions religieuses et communautaires, dans un pays réputé pour sa tolérance et son équilibre confessionnel.

L’IA, levier de manipulation à portée de tous

L’affaire révèle une réalité inquiétante : la démocratisation des outils d’IA générative, accessible à tout internaute, même sans compétence technique. À moindre coût, ces technologies permettent de fabriquer des contenus crédibles, qui échappent parfois aux détecteurs automatiques.

Pour ne pas se faire piéger, les experts recommandent plusieurs réflexes :

  • Observer les détails : visages, drapeaux, panneaux, souvent mal rendus ;
  • Analyser la fluidité et les couleurs : les images IA sont souvent trop parfaites ;
  • Vérifier le contexte : si une manifestation majeure avait eu lieu, la presse nationale et internationale l’aurait relayée.

Une guerre numérique mondiale

Le cas sénégalais n’est pas isolé. Cette guerre d’influence entre l’Iran et Israël s’inscrit désormais dans un conflit globalisé, où la bataille se mène aussi sur TikTok, Facebook ou X, avec des moyens technologiques toujours plus puissants. Dans cette nouvelle ère, la vigilance citoyenne et médiatique devient essentielle pour protéger les opinions publiques contre la manipulation.

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