Ghana : cap sur le pétrole, produire « jusqu’à la dernière goutte »

Ghana : cap sur le pétrole, produire « jusqu’à la dernière goutte »

Au Forum Africa CEO d’Abidjan, le président ghanéen John Mahama n’a pas mâché ses mots : il a appelé les investisseurs à forer au Ghana « comme s’il n’y avait pas de lendemain ». Une déclaration choc, dans un contexte mondial de transition énergétique, mais qui s’inscrit dans une stratégie bien connue des pays producteurs d’hydrocarbures. L’objectif : maximiser les recettes avant que la demande ne décline durablement. Décryptage avec Benjamin Augé, chercheur associé à l’Ifri.

Une urgence économique et géopolitique

L’appel du président Mahama n’a rien d’anecdotique. Arrivé récemment au pouvoir, il cherche à relancer une production qui avait marqué le pas, tout en attirant de nouveaux capitaux étrangers dans un climat d’investissement devenu frileux. « L’objectif est de produire jusqu’à la dernière goutte », résume Benjamin Augé. Le contexte international joue un rôle central : la tendance mondiale est à la réduction des investissements dans les hydrocarbures, en raison des pressions des ONG et des opinions publiques occidentales. Résultat : les financements se raréfient et les pays producteurs doivent redoubler d’efforts pour séduire les investisseurs.

La pression des marchés et des militants

Les grandes banques européennes et nord-américaines sont de plus en plus frileuses lorsqu’il s’agit d’investir dans les projets pétroliers et gaziers, cibles privilégiées des campagnes environnementales. Des exemples comme celui du Mozambique, où le projet Mozambique LNG piloté par TotalEnergies fait face à des pressions constantes, illustrent bien les difficultés croissantes pour faire aboutir de tels projets. « L’enveloppe globale pour les hydrocarbures diminue », confirme Benjamin Augé. « Il devient de plus en plus difficile de convaincre les bailleurs de fonds. »

Une stratégie partagée sur le continent

Le Ghana n’est pas un cas isolé. La Côte d’Ivoire voisine, le Sénégal ou encore la Mauritanie, tous entendent tirer parti de leurs découvertes récentes en hydrocarbures. Une stratégie assumée, même si elle semble entrer en contradiction avec les engagements internationaux sur le climat. Pour les États concernés, les enjeux économiques l’emportent. Comme le rappelle le chercheur : « Aucune découverte significative dans le monde n’a été laissée dans le sous-sol. » Le cas de l’Équateur, qui avait tenté de monnayer le non-développement de ses réserves, s’est soldé par un échec.

Le paradoxe des énergies renouvelables

Conscient du retard de son pays, le président Mahama a reconnu publiquement que seulement 2,7 % de l’énergie consommée au Ghana provient des renouvelables. Un aveu d’échec partiel dans un monde où la transition énergétique s’accélère. Pourtant, ce faible taux s’explique : les énergies solaires ou éoliennes restent intermittentes, difficiles à stocker et coûteuses à déployer à grande échelle. À l’inverse, les hydrocarbures offrent une énergie continue et rentable, particulièrement adaptée aux besoins des pays en développement.

Une fin encore lointaine pour les hydrocarbures

Malgré les discours sur la transition, les faits sont têtus : pétrole, gaz – et dans une moindre mesure charbon – ont encore plusieurs décennies d’exploitation devant eux. Benjamin Augé estime que la production pétrolière pourrait commencer à décliner vers 2030-2035, tandis que le gaz pourrait rester dominant encore plus longtemps. Le Ghana, comme d’autres pays africains, veut profiter de cette fenêtre d’opportunité tant qu’elle existe.

Conclusion : produire avant qu’il ne soit trop tard

L’appel de John Mahama à « pomper sans retenue » résonne comme un signal d’alarme : dans un monde où les énergies fossiles sont de plus en plus contestées, les pays producteurs veulent aller vite. Pour eux, il s’agit de capter les derniers investissements disponibles, de maximiser les revenus, et de préparer — peut-être — une transition énergétique dont les bases restent encore à consolider.

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