France : une loi permet la restitution du tambour parleur Djidji Ayôkwé à la Côte d’Ivoire
Une œuvre emblématique bientôt de retour sur sa terre d’origine
Ce lundi 7 juillet, l’Assemblée nationale française a voté à l’unanimité une loi autorisant la restitution du célèbre tambour parleur Djidji Ayôkwé à la Côte d’Ivoire. Ce tambour sacré, utilisé autrefois comme instrument de communication par le peuple atchan, est considéré comme un véritable symbole culturel et historique.
Long de plus de trois mètres, pesant près de 430 kilos, il permettait autrefois de transmettre des messages à plusieurs kilomètres à la ronde. Enlevé en 1916 par les autorités coloniales à la suite d’un refus de corvée imposée aux villageois, il fut exposé à Paris dès 1929, avant d’être transféré au musée du quai Branly, où il est conservé depuis.
Une restitution rendue possible par une loi spécifique
Si le président Emmanuel Macron s’était engagé en 2021 à restituer cette œuvre, le processus a été long. En effet, les œuvres des collections publiques françaises sont inaliénables : seule une loi peut autoriser leur sortie. La loi votée ce lundi permet ainsi une dérogation exceptionnelle, retirant le tambour des collections de l’État.
« Les collections publiques appartiennent à l’État, elles sont intransférables sans loi », rappelle Vincent Negri, chercheur au CNRS. Cette procédure, déjà utilisée pour les trésors d’Abomey restitués au Bénin et pour le sabre d’El Hadj Omar rendu au Sénégal, illustre l’absence de loi-cadre sur les restitutions liées à la colonisation.
Une dynamique mondiale, mais la France à la traîne
Alors que le rapport Sarr/Savoy sur la restitution du patrimoine africain, publié en 2018, a suscité une onde de choc en Europe, la France tarde à adopter un cadre législatif global. D’autres pays comme l’Allemagne, la Belgique ou la Suisse ont, eux, pris des mesures concrètes pour restituer des objets spoliés.
En 2023, deux lois-cadres françaises ont été votées — l’une sur les biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale, l’autre sur les restes humains — mais rien encore pour les objets issus de la colonisation. La loi votée ce lundi souligne donc à la fois une avancée importante et les lenteurs du système français.
« Un personnage de résistance enfin libéré »
Pour les communautés concernées, le tambour Djidji Ayôkwé n’est pas un simple objet : il incarne un esprit, une mémoire, une résistance. « C’est une libération », déclare un représentant du peuple atchan. « Ce n’est pas qu’un tambour, c’est un personnage capturé, un symbole de notre dignité. »
La loi votée prévoit que la restitution doit intervenir dans un délai d’un an. Le tambour parleur, déjà désacralisé lors d’une cérémonie au musée du quai Branly, pourra ainsi retrouver sa place dans la mémoire vivante du peuple ivoirien.
Conclusion : un pas vers la justice patrimoniale
La restitution du tambour parleur marque une avancée symbolique majeure dans la reconnaissance des spoliations coloniales. Mais elle souligne aussi l’urgence pour la France d’adopter un cadre global pour les restitutions. À travers cette loi, c’est une réparation morale et culturelle qui s’opère, attendue depuis plus d’un siècle par les descendants du peuple atchan.
