L’Afrique face au défi énergétique pour son ambition numérique
Une ambition numérique freinée par la crise énergétique
L’Afrique aspire à devenir un hub mondial de l’innovation et du numérique. Avec un taux moyen de pénétration d’Internet avoisinant 45 %, le continent mise sur l’inclusion numérique et le développement d’une économie 4.0. Toutefois, des défis majeurs persistent, notamment le coût élevé d’Internet, l’accessibilité aux appareils numériques et, surtout, la crise énergétique qui menace de ralentir ces aspirations.
Les infrastructures électriques peu fiables, les coupures fréquentes et les coûts élevés de l’énergie constituent des obstacles majeurs. Cette instabilité impacte directement les initiatives de transformation numérique, telles que l’adoption de la 5G, la digitalisation des services publics et l’essor des startups technologiques.
Une réalité alarmante
Selon Wale Shonibare, directeur des solutions financières et énergétiques à la Banque africaine de développement (BAD), environ 600 millions d’Africains, soit près de la moitié de la population du continent, n’ont toujours pas accès à l’électricité. Un constat alarmant renforcé par les projections de la Banque mondiale, qui estime que plus de 500 millions de personnes risquent de ne pas avoir accès à l’électricité d’ici 2030, principalement en Afrique subsaharienne.
L’Afrique du Sud : un cas emblématique
L’Afrique du Sud illustre bien cette crise énergétique. En 2023, le pays a connu 300 jours de délestages, avec des coupures pouvant atteindre huit heures par jour, entraînant des pertes économiques estimées à un milliard de rands par jour (55 millions de dollars).
Malgré un taux de pénétration Internet de 75 %, les interruptions d’électricité ont freiné les avancées numériques. Les fournisseurs de services ont dû investir massivement dans des solutions alternatives : 2,5 milliards de rands en batteries et 930 millions en générateurs. Ces coûts supplémentaires aggravent la fracture numérique en rendant les services encore plus onéreux pour les consommateurs.
Un impact généralisé sur l’écosystème numérique
La GSMA, l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie, souligne que la faiblesse des réseaux électriques en Afrique nuit à la qualité des services télécoms. Pour certains opérateurs, l’énergie représente jusqu’à 50 % de leurs coûts d’exploitation, notamment à cause du recours massif aux générateurs diesel, dont le coût est trois à quatre fois supérieur à celui de l’électricité du réseau.
Dans des pays comme la RD Congo, l’Éthiopie ou la Zambie, ces coûts sont encore plus élevés, menaçant la rentabilité des services numériques et freinant leur expansion. Les centres de données, piliers de l’économie numérique, sont également touchés par ces contraintes énergétiques, rendant leur exploitation difficile et poussant certaines entreprises à investir ailleurs.
Vers une transformation numérique exclusive ?
Face à cette crise, certaines entreprises se tournent vers l’énergie solaire pour alimenter leurs infrastructures. Cependant, cette solution reste insuffisante, car une grande partie de la population n’a pas accès à ces alternatives énergétiques.
Si ces défis ne sont pas rapidement surmontés, l’Afrique risque de connaître une transformation numérique exclusive, ne profitant qu’à une minorité. Pour garantir une transition réussie vers l’économie numérique, il devient impératif de résoudre la crise énergétique et d’investir dans des solutions durables pour assurer un accès équitable à l’électricité et aux services numériques.
