Gabon : « Ce qui est rejeté dans l’héritage Bongo, ce n’est pas Omar le père, c’est Ali le fils »
Une élection présidentielle marquée par la transition et la rupture avec l’héritage Bongo
Le Gabon entre dans une nouvelle ère politique avec la reprise de la campagne officielle pour l’élection présidentielle, qui débute ce samedi. Huit candidats s’affrontent pour le poste suprême, lors d’un scrutin prévu le 12 avril 2025. Cette élection survient après le coup d’État du 30 août 2023, qui a renversé le président Ali Bongo Ondimba, mettant fin à des décennies de régime familial entamées par son père, Omar Bongo. Le contexte est particulier, car la transition du pouvoir, marquée par des tensions politiques et sociales, est perçue comme un moment de rupture avec l’ancienne dynastie.
Les attentes face à cette élection
Le peuple gabonais et les observateurs attendent de cette élection qu’elle permette de tourner la page d’un régime qui a duré plus de 50 ans, et de jeter les bases d’une gouvernance nouvelle. La transition politique est au centre du débat, notamment en ce qui concerne les promesses de rupture faites par Brice Clotaire Oligui Nguema, actuel chef de la transition. Oligui Nguema, qui a pris le pouvoir après le renversement d’Ali Bongo, a fondé son propre mouvement politique, le Rassemblement des bâtisseurs, afin de réunir un large éventail de soutiens pour cette période de transition.
Le rejet de l’héritage Bongo : Omar vs Ali
Dans les discussions qui entourent cette élection, une distinction fondamentale semble s’être installée entre Omar Bongo, le père, et Ali Bongo, le fils. Si l’héritage d’Omar Bongo, qui a gouverné le pays pendant plus de 40 ans, reste globalement accepté, c’est la figure de son fils Ali qui est aujourd’hui rejetée. Selon Florence Bernault, professeure d’histoire de l’Afrique subsaharienne à Sciences Po Paris, spécialiste de l’Afrique centrale, « Ce qui est rejeté dans l’héritage Bongo, ce n’est pas Omar le père, c’est Ali le fils ». Ce rejet s’explique par le manque de légitimité perçu par une large portion de la population face à la manière dont Ali Bongo a hérité du pouvoir et a gouverné, notamment après sa réélection controversée en 2023.
Un scrutin sous tension et un héritage lourd à porter
Le coup d’État de 2023 a profondément bouleversé les équilibres politiques et sociaux au Gabon. Après la contestation massive du dernier scrutin présidentiel, marqué par des accusations de fraude, de nombreux Gabonais espèrent que cette élection permettra d’initier une véritable réforme du système politique et d’instituer des pratiques démocratiques plus transparentes. La question qui se pose est de savoir si Brice Clotaire Oligui Nguema, en tant que chef de la transition, a véritablement tenu ses promesses de rupture avec l’ancien régime, ou si son arrivée au pouvoir représente simplement une nouvelle facette du même système.
Les enjeux de la transition et les promesses de changement
Alors que le pays se prépare pour un scrutin crucial, Florence Bernault rappelle l’importance de comprendre les dynamiques internes du pays et l’impact historique de la transition actuelle. La question de l’héritage politique et de la rupture avec le passé est au cœur du débat. Le scrutin du 12 avril 2025 pourrait bien marquer un tournant décisif pour l’avenir du Gabon, en déterminant si une véritable transition démocratique peut s’opérer après des décennies de régimes autoritaires.
Conclusion : Un tournant historique pour le Gabon
La présidentielle gabonaise de 2025 s’inscrit donc dans un contexte de rupture, après le coup d’État de 2023. La question essentielle demeure : le Gabon réussira-t-il à surmonter son passé politique et à instaurer un véritable changement, ou bien le pays continuera-t-il à vivre sous le poids d’un héritage difficile à effacer ? Les électeurs, tout comme la communauté internationale, attendent des réponses claires, en espérant que ce scrutin constitue un réel départ pour une nouvelle ère démocratique.

Ce type d’analyse est essentiel pour mieux comprendre les enjeux actuels.