Cameroun : Les Avocats en Grève Contre les Violences Policières
Une Mobilisation Inédite du Barreau Camerounais
Les avocats camerounais ont entamé ce mercredi trois jours de grève, suspendant le port de la robe et désertant les tribunaux pour dénoncer les violences policières récurrentes dont ils sont victimes. Cette mobilisation, inédite dans son ampleur, a été décidée par le Conseil de l’Ordre des avocats, qui a publié un communiqué condamnant des actes de « barbarie et traitements humiliants » infligés aux avocats par les forces de l’ordre.
Des Cas de Brutalités Multipliés
Le bâtonnier de l’Ordre, Me Mbah Eric Mba, a mis en avant deux récents cas de violences ayant choqué la profession et l’opinion publique.
- Le samedi 2 mars, une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux montre un avocat frappé et humilié par des policiers.
- La veille, un autre avocat a été séquestré par des forces de l’ordre après avoir dénoncé des violations des droits de ses clients.
Face à cette situation, le Conseil de l’Ordre a décidé d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces violences et appelle toute la profession à la mobilisation.
Des Tribunaux Désertés en Signe de Protestation
Ce mercredi, les salles d’audience de plusieurs tribunaux de Yaoundé sont restées vides, témoignant de la détermination des avocats à faire entendre leur voix.
Un Phénomène de Plus en Plus Répandu
Les violences contre les avocats ne sont pas nouvelles au Cameroun. En novembre 2024, un avocat avait été hospitalisé après avoir été violemment interpellé par des gendarmes à Douala. À l’époque, le barreau avait dénoncé une « dérive liberticide », alertant sur la multiplication des agressions contre les avocats dans les commissariats et brigades de gendarmerie.
Plus récemment, Me Gilbert Ngawou a été battu et interpellé par la police alors qu’il intervenait dans un litige foncier à Douala, selon des témoins et son entourage.
Une Culture d’Impunités Décriée
Ces incidents s’inscrivent dans un contexte plus large de violences policières au Cameroun. L’ONG Human Rights Watch (HRW) a récemment dénoncé une « culture d’impunité généralisée », citant notamment le décès suspect en détention d’un jeune homme de 26 ans en janvier 2025, avec des soupçons de torture.
Conclusion : Une Profession Déterminée à Se Faire Entendre
Face à cette escalade de violences, le barreau camerounais exige des mesures concrètes pour protéger les avocats et garantir le respect de l’État de droit. En paralysant les tribunaux pendant trois jours, la profession envoie un signal fort aux autorités, espérant une prise de conscience et des sanctions effectives contre les forces de l’ordre impliquées dans ces agressions.
