Tchad : ONG et partisans de Succès Masra demandent la relance de la médiation congolaise
Les critiques contre un procès jugé « politique »
La condamnation de Succès Masra, ancien Premier ministre et leader du parti Les Transformateurs, continue de susciter de vives réactions. Human Rights Watch (HRW) dénonce un verdict « politique » et appelle le président congolais Félix Tshisekedi, garant de l’accord de Kinshasa signé en octobre 2023, à intervenir.
Pour Lewis Mudge, directeur de HRW pour l’Afrique centrale, aucune preuve tangible ne démontre l’implication de Masra dans les violences de Mandakao :
« Où est le président Tshisekedi ? Où est l’accord de Kinshasa ? »
L’ONG estime que cette affaire illustre un problème d’indépendance de la justice au Tchad.
Kinshasa affirme que l’accord est caduc
Le gouvernement congolais, par la voix de Didier Mazenga, envoyé spécial de Félix Tshisekedi, réfute toute violation de l’accord. Selon lui, les engagements ont été respectés : retour d’exil de Masra, levée des sanctions contre son parti, garantie de sécurité. Mais il précise que cet accord était limité à la période de transition et ne s’applique plus depuis l’adoption d’une nouvelle Constitution et la tenue d’élections.
Le ministre affirme toutefois que le président Tshisekedi reste « préoccupé » et a échangé sur le sujet avec son homologue tchadien, sans en dévoiler le contenu.
Une demande d’amnistie pour préserver les droits politiques
Les Transformateurs insistent sur une amnistie totale plutôt qu’une grâce présidentielle. Pour leur vice-président, Ndolembai Njesada, la condamnation actuelle prive Masra de ses droits civiques et l’empêche de se présenter à la présidentielle de 2029, conformément à l’article 27 du Code pénal tchadien sur la dégradation civique.
Il appelle les parrains de l’accord de Kinshasa, dont la CEEAC, à intervenir pour éviter un blocage politique durable.
Conclusion
Entre ONG, opposition tchadienne et autorités congolaises, les interprétations de l’accord de Kinshasa divergent fortement. Alors que Kinshasa estime avoir rempli ses obligations, les partisans de Masra y voient un engagement trahi. L’enjeu dépasse la seule libération de l’opposant : il touche à sa capacité à rester acteur politique dans un Tchad en quête de réconciliation.
