Sénégal : des fouilles entamées à Thiaroye pour faire la lumière sur le massacre de 1944
Plus de 80 ans après les faits, l’État sénégalais lance des fouilles à Thiaroye, près de Dakar, pour retrouver les traces du massacre de tirailleurs africains par l’armée coloniale française en décembre 1944. Une initiative annoncée en février par le Premier ministre Ousmane Sonko, visant à rétablir la vérité historique autour d’un épisode encore marqué par de nombreuses zones d’ombre.
Une équipe d’experts mobilisée sur les sites du massacre
Depuis une dizaine de jours, des archéologues sénégalais en lien avec l’Université Cheikh Anta Diop, épaulés par des membres de l’armée, mènent des fouilles sur deux sites : le cimetière militaire de Thiaroye et l’ancien camp militaire où les faits se seraient produits. Objectif : localiser d’éventuelles fosses communes ou des restes humains afin de déterminer combien de tirailleurs ont réellement été tués.
Les travaux sont menés sans calendrier précis. Selon Mamadou Diouf, président du comité scientifique chargé de l’enquête, cette mission vise à répondre à trois grandes interrogations : que s’est-il réellement passé à Thiaroye ? Quelles zones restent encore floues ? Et quelles mesures sont nécessaires pour établir définitivement les faits ?
Une controverse historique encore vive
Le massacre du 1er décembre 1944 a eu lieu lorsque des tirailleurs ouest-africains, démobilisés après avoir combattu pour la France durant la Seconde Guerre mondiale, réclamaient leur solde impayée. En réponse, l’armée française aurait ouvert le feu sur eux dans le camp de Thiaroye, à la sortie de Dakar.
La version officielle française fait toujours état de 35 morts. Mais la plupart des historiens et chercheurs spécialisés estiment que le nombre de victimes dépasse largement les 300, certains évoquant jusqu’à 400 morts. Ce chiffre reste difficile à établir en l’absence de preuves matérielles irréfutables.
Un livret blanc attendu pour établir la vérité
Les résultats des fouilles feront l’objet d’un livret blanc qui sera transmis au président de la République du Sénégal. Ce document, confidentiel jusqu’à sa remise officielle, devra synthétiser les découvertes scientifiques et orienter les prochaines étapes de la reconnaissance historique.
Le lancement de ces fouilles marque une volonté politique forte de faire émerger la vérité sur l’un des drames majeurs de la mémoire coloniale en Afrique de l’Ouest. En plus de l’enjeu mémoriel, cette démarche s’inscrit dans une quête de justice et de réparation longtemps attendue par les familles des victimes et les descendants des tirailleurs.

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