Présidentielle en Côte d’Ivoire : tensions croissantes autour de la candidature de Tidjane Thiam

Présidentielle en Côte d’Ivoire : tensions croissantes autour de la candidature de Tidjane Thiam

Tidjane Thiam maintient sa candidature malgré sa radiation

Deux semaines après sa radiation des listes électorales par un tribunal d’Abidjan, Tidjane Thiam, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), n’abandonne pas ses ambitions présidentielles. Bien qu’écarté pour des raisons juridiques liées à sa double nationalité, il continue de croire en ses chances d’être candidat à la présidentielle d’octobre 2025.

Une décision judiciaire controversée

La justice ivoirienne invoque le code de la nationalité, qui prévoit la perte de la nationalité ivoirienne en cas d’acquisition d’une autre. Tidjane Thiam, qui possède également la nationalité française, conteste cette application, affirmant que cette disposition n’a jamais été mise en œuvre — y compris pour des sportifs représentant le pays, comme les footballeurs de l’équipe nationale.
Pour le politologue Ousmane Zina, cette situation soulève un débat juridique complexe :

« Le silence autour de l’application d’une disposition légale ne signifie pas nécessairement sa disparition. »

Le PDCI mobilise, l’opposition se réunit

Malgré les obstacles juridiques, le PDCI intensifie sa mobilisation. Plusieurs milliers de partisans ont manifesté à Abidjan le 3 mai, et une vingtaine de partis d’opposition appellent à un grand rassemblement le 31 mai. Selon Ousmane Zina, cette dynamique traduit une volonté de lutter politiquement, mais il met en garde contre toute escalade :

« La Côte d’Ivoire n’a aucun intérêt à basculer dans la violence, surtout dans un contexte national et régional fragile. »

Une stratégie diplomatique en parallèle

En parallèle, Tidjane Thiam tente de mobiliser la communauté internationale, notamment la Cédéao et les pays européens, pour obtenir un soutien. Cette approche, déjà observée dans l’histoire politique ivoirienne, vise à obtenir une issue politique à travers les canaux diplomatiques africains et internationaux.

Vers un possible boycott ?

La déclaration de Thiam — « Le candidat du PDCI, ce sera moi ou personne » — laisse entrevoir la possibilité d’un boycott si sa candidature n’est pas acceptée. Ousmane Zina estime que cette posture s’inscrit dans la stratégie de conquête du pouvoir de Thiam, mais qu’elle pourrait entraîner une impasse pour le PDCI si aucun plan B n’est envisagé.

Quelle légitimité pour la présidentielle sans figures majeures ?

L’exclusion possible de figures politiques comme Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé ou Guillaume Soro interroge sur la légitimité de l’élection. Pour Ousmane Zina, même si leur absence affaiblirait le débat démocratique,

« Le jeu électoral reste valable tant que ceux qui remplissent les conditions légales peuvent se présenter. »

Le silence stratégique d’Alassane Ouattara

De son côté, le président sortant Alassane Ouattara reste silencieux sur une éventuelle candidature pour un quatrième mandat. Un congrès du RHDP est prévu fin juin, et l’hypothèse d’un dauphin désigné reste floue. Ousmane Zina souligne le jeu du suspense maîtrisé :

« À ce jour, aucun successeur évident ne se détache clairement. »

Conclusion

À six mois de la présidentielle, la Côte d’Ivoire entre dans une période d’incertitude politique. La radiation de Tidjane Thiam, la stratégie de mobilisation du PDCI, le silence du président sortant et l’éventuelle exclusion d’autres figures majeures pourraient redessiner les contours du scrutin. Dans ce climat tendu, éviter toute dérive violente et garantir un processus électoral crédible demeure un enjeu crucial pour la stabilité du pays.

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