Présidentielle au Cameroun : Maurice Kamto écarté, quelle stratégie pour l’opposition ?
Une candidature invalidée par le Conseil constitutionnel
Le 5 août 2025, le Conseil constitutionnel camerounais a définitivement invalidé la candidature de Maurice Kamto à la présidentielle prévue pour le 12 octobre. L’opposant, arrivé deuxième lors de l’élection de 2018, ne pourra donc pas affronter Paul Biya, président sortant et candidat à un huitième mandat.
Cette décision fait suite au rejet initial de son dossier par Elecam, l’autorité électorale, fin juillet. Trente-six recours ont été examinés dans le cadre du contentieux pré-électoral, mais aucun n’a abouti à un revirement.
Le poids du boycott de 2020
Dans l’espace public, les débats s’enflamment. De nombreux observateurs estiment que le boycott des élections locales de 2020 par le MRC a fortement compromis la capacité du parti à présenter un candidat en 2025. Faute d’élus locaux, le parti n’était pas en position de remplir les critères d’investiture.
Mais pour d’autres, la décision de rejet est davantage politique que procédurale. Ils considèrent que, quelles que soient les conditions de dépôt du dossier, le régime aurait trouvé un motif pour écarter Kamto, perçu comme une menace directe à la longévité du pouvoir en place. « Maurice Kamto fait peur », répètent certains de ses partisans.
Silence au RDPC, remous dans l’opposition
Du côté du pouvoir, le ton reste mesuré. Grégoire Owona, ministre du Travail et cadre du RDPC, s’est contenté de déclarer : « Le droit a été dit. […] Nous devons tous nous soumettre aux décisions prises. » Le RDPC affirme rester concentré sur la suite de la campagne.
Dans l’opposition, en revanche, la déflagration est réelle. Les réactions s’enchaînent :
- Anicet Ekane (Manidem), qui avait soutenu Kamto, a salué « son courage et sa combativité ».
- Jean-Michel Nintcheu, du Front pour le changement du Cameroun, appelle à « poursuivre la lutte ».
- Djeukam Tchameni, autre figure de l’opposition, exhorte les électeurs à sanctionner la « dictature RDPC » dans les urnes.
Vers une recomposition de l’opposition ?
L’invalidation de Kamto rebat les cartes pour l’opposition, qui se retrouve sans figure majeure à quelques semaines du scrutin. Plusieurs formations discutent désormais d’éventuelles alliances ou candidatures de substitution, mais aucune stratégie claire ne se dégage pour l’instant.
Dans ce flou, certains craignent une démobilisation de l’électorat, tandis que d’autres y voient une opportunité pour faire émerger de nouveaux visages ou tenter un front uni contre Paul Biya.
Conclusion : Une opposition affaiblie face à un pouvoir plus que jamais en place
L’exclusion de Maurice Kamto de la course présidentielle de 2025 marque un nouvel épisode de crispation politique au Cameroun. Si le régime s’affiche serein, l’opposition, elle, fait face à un dilemme : s’unir pour exister ou risquer la marginalisation. La manœuvre renforce l’impression d’un processus électoral verrouillé, où l’alternance semble toujours plus lointaine. Mais dans les coulisses, les lignes pourraient encore bouger d’ici le 12 octobre.

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