Mozambique : TotalEnergies espère relancer son mégaprojet gazier malgré les incertitudes sécuritaires
La multinationale française TotalEnergies a exprimé son intention de reprendre son projet gazier de 20 milliards de dollars au Mozambique, suspendu depuis 2021 à la suite d’une offensive jihadiste. Lors de la Conférence mondiale sur le gaz à Pékin, le PDG Patrick Pouyané a indiqué que l’entreprise attendait désormais le feu vert du gouvernement mozambicain pour lever la déclaration de force majeure qui couvre le projet depuis plus de trois ans.
Une reprise conditionnée à la sécurité
Le projet d’Afunji dans le viseur
Situé sur la péninsule d’Afunji, dans la province troublée de Cabo Delgado, le projet de gaz naturel liquéfié (GNL) est considéré comme l’un des plus importants du continent africain. Il comprend le développement des champs gaziers offshore de Golfinho et Atum ainsi que la construction d’une usine de liquéfaction d’une capacité annuelle de 13,12 millions de tonnes.
Patrick Pouyané a assuré que la situation sur le terrain s’était « améliorée », ouvrant la voie à une éventuelle relance dès l’été 2025, sous réserve d’une approbation gouvernementale formelle.
« Il appartiendra au gouvernement mozambicain d’approuver la levée de ce cas de force majeure », a-t-il déclaré.
Des doutes sur la stabilité réelle
Cependant, cette lecture optimiste n’est pas partagée par tous. Selon Nicolas Delaunay, analyste au sein de l’International Crisis Group, la reprise des activités dans la zone pourrait être prématurée. S’il reconnaît une amélioration relative autour d’Afunji, il insiste sur le fait que les groupes armés restent actifs dans d’autres parties du Cabo Delgado.
« Les insurgés conservent une force de frappe non négligeable », a-t-il averti.
Entre opportunité économique et risques sociaux
Un moteur pour l’économie nationale…
Le projet porté par TotalEnergies représente un enjeu économique majeur pour le Mozambique. Les autorités comptent sur les retombées de ce méga-investissement pour stimuler la croissance, créer des emplois et renforcer les recettes fiscales du pays, qui reste l’un des plus pauvres du monde.
…mais un catalyseur de tensions locales ?
Malgré les promesses économiques, la relance du chantier soulève des inquiétudes. Pour Nicolas Delaunay, le redéploiement de forces de sécurité autour d’Afunji, nécessaire à la sécurisation du site, risque d’accentuer le ressentiment des populations locales, qui se sentent déjà marginalisées par les autorités centrales.
« Il y a un vrai risque que les communautés perçoivent cette reprise comme une priorité donnée aux intérêts étrangers au détriment de leur propre sécurité », alerte-t-il.
Ce sentiment d’abandon, déjà enraciné dans la province, est d’ailleurs considéré par de nombreux observateurs comme l’un des facteurs de l’insurrection jihadiste qui ravage le nord du pays depuis 2017.
Conclusion
Alors que TotalEnergies se dit prête à reprendre les travaux dans le Cabo Delgado, la décision finale incombe désormais au gouvernement mozambicain. Si ce projet est porteur d’espoirs économiques, il soulève aussi des questions de justice sociale, de sécurité durable et de gouvernance inclusive. La relance pourrait être une opportunité — à condition de ne pas reproduire les erreurs du passé.
