Massacre de Thiaroye : le fils d’un tirailleur sénégalais dépose plainte contre la France

Massacre de Thiaroye : le fils d’un tirailleur sénégalais dépose plainte contre la France

Huit décennies après les faits, Biram Senghor exige vérité, justice et localisation de la dépouille de son père

Le 1ᵉʳ décembre 1944, dans le camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, des soldats africains fraîchement démobilisés sont abattus par l’armée coloniale française alors qu’ils réclamaient simplement le paiement de leur solde. Parmi eux : M’Bap Senghor, un tirailleur sénégalais, tué pour avoir demandé ce qui lui revenait de droit.

Son fils unique, Biram Senghor, âgé aujourd’hui de 86 ans, ne sait toujours pas où repose son père. Ce lundi 23 juin 2025, il a décidé de briser un silence officiel devenu insupportable : il a porté plainte contre X et contre l’État français pour recel de cadavre, devant le tribunal judiciaire de Paris.

Une reconnaissance tardive mais insuffisante

La France admet un « massacre », mais laisse des zones d’ombre

En juin 2024, la France reconnaissait officiellement M’Bap Senghor comme « Mort pour la France », et en novembre de la même année, elle employait enfin le mot « massacre » pour qualifier les événements de Thiaroye. Une avancée symbolique, mais loin de satisfaire les familles.

« Cela fait 80 ans qu’on attend. Mon père a été massacré. Où est son corps ? », martèle Biram Senghor.

D’après les archives françaises, 35 morts sont officiellement recensés. Pourtant, certains historiens estiment que le nombre de victimes dépasse les 400, et aucune certitude ne plane sur les lieux d’inhumation. Fosses communes vides, tombes sans noms : l’opacité reste totale.

Une plainte inédite pour faire bouger les lignes

Le recel de cadavre au cœur de la procédure

Selon l’avocat de Biram Senghor, Maître Mbaye Dieng, la démarche judiciaire vise à forcer la France à révéler les lieux de sépulture, car des documents internes existeraient. Il dénonce un blocage volontaire de l’accès aux archives.

« On ne peut pas dire qu’ils ont été tués sans nous dire où ils sont enterrés. Ce n’est pas de l’oubli, c’est de l’obstruction », affirme-t-il.

L’article 434-7 du Code pénal français prévoit en effet que toute entrave à la découverte d’un cadavre est punissable, surtout s’il s’agit de décès survenus dans un contexte de violence, ce qui est reconnu dans ce dossier.

Des contradictions officielles et une mémoire troublée

Un passé colonial encore opaque

Pendant des décennies, l’armée a présenté les tirailleurs comme déserteurs. Ce n’est qu’après de longues batailles mémorielles qu’il a été reconnu qu’ils avaient été massacrés par l’armée qu’ils avaient servie. Mais les zones d’ombre subsistent.

En 2014, lors d’une visite au Sénégal, le président François Hollande avait déclaré que toutes les archives sur Thiaroye avaient été remises. Et en 2024, une source gouvernementale assurait que « la France a fait tout ce qu’elle devait faire ». Pourtant, les familles n’ont toujours pas accès à des éléments cruciaux, comme les plans d’inhumation ou les procès-verbaux d’ensevelissement.

Conclusion : une bataille mémorielle qui se poursuit

À travers cette plainte, Biram Senghor ne réclame ni vengeance ni compensation pécuniaire immédiate, mais la vérité sur la disparition de son père. Pour lui et pour toutes les familles des tirailleurs tombés à Thiaroye, la France a encore un devoir de transparence, de mémoire et de justice.

« Le recel de cadavre, c’est cacher la violence sous terre. Et ça, même 80 ans après, c’est un crime », conclut Me Dieng.

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