Mali : des ex-dirigeants politiques attaquent en justice la dissolution des partis

Mali : des ex-dirigeants politiques attaquent en justice la dissolution des partis

Une riposte judiciaire coordonnée face à une décision controversée

Le 21 mai 2025, une dizaine d’anciens dirigeants de partis politiques maliens aujourd’hui dissous ont déposé des recours pour contester la légalité de leur dissolution, décidée par les autorités de transition le 13 mai dernier. Ces actions judiciaires ont été annoncées par Maître Mountaga Tall, ancien ministre et avocat, qui coordonne la démarche.

Selon ses promoteurs, cette initiative vise à défendre les libertés fondamentales garanties par la Constitution malienne, notamment la liberté d’association, la liberté politique, et le droit de participer à la vie publique. Ces recours ont été déposés individuellement, les requérants agissant en tant que « citoyens engagés » pour éviter des représailles juridiques.

Multitude de recours pour forcer un débat constitutionnel

Les anciens responsables ont saisi les six tribunaux de grande instance de Bamako, tout en engageant une procédure parallèle auprès de la section administrative de la Cour suprême. L’objectif est clair : provoquer un renvoi devant la Cour constitutionnelle, afin qu’elle statue sur la légalité et la constitutionnalité du décret de dissolution.

« Nul ne peut gouverner en dehors ou contre la Constitution, même en période de transition », a déclaré Maître Tall, estimant que le multipartisme et l’État de droit ne sont pas négociables.

Une plainte contre des membres du CNT pour incitation à la violence

Parallèlement à ces actions, une plainte a été déposée contre Biton Mamari Coulibaly et Moulaye Keita, deux membres du Conseil national de transition (CNT). Ceux-ci sont accusés d’avoir diffusé des vidéos appelant à la violence contre les militants pro-démocratie. Des poursuites ont été engagées devant le pôle anti-cybercriminalité pour injures publiques, diffamation et menaces de mort.

Ce pôle judiciaire, souvent critiqué pour avoir ciblé des voix dissidentes, est cette fois appelé à se prononcer contre deux figures notoires du camp pro-junte, inversant temporairement les rôles dans un climat de plus en plus tendu.

Un acte symbolique, malgré des chances minimes de succès

La justice malienne, perçue comme largement acquise aux autorités de Transition, laisse peu d’espoir aux requérants. Mais ces derniers insistent sur l’importance symbolique et stratégique de leur démarche.

« Nous savons que nous n’avons qu’une chance sur dix d’avoir gain de cause », reconnaît un ancien ministre impliqué. « Mais nous voulons placer les magistrats devant leurs responsabilités et alerter l’opinion nationale et internationale. »

Certains opposants y voient aussi un levier pour galvaniser leur base militante et maintenir le débat public sur la dérive autoritaire en cours au Mali.

Une résistance qui s’inscrit dans le temps

Les actions judiciaires s’ajoutent aux prises de position publiques d’intellectuels et de personnalités politiques, ainsi qu’à une tribune récemment publiée appelant à la préservation de la République. Ce mouvement de contestation, bien que limité dans ses moyens d’action, entend mener une « guerre d’usure » face à un pouvoir militaire déterminé à verrouiller l’espace politique.

« Soit les juges diront le droit, soit ils se compromettront pour toujours », conclut un président de parti dissous.

Conclusion : la bataille judiciaire comme dernier rempart démocratique

Dans un contexte de répression politique croissante au Mali, cette offensive judiciaire constitue le premier acte concret de résistance institutionnelle à la dissolution des partis politiques. Bien que les chances de succès soient faibles, elle permet de réaffirmer les principes constitutionnels et de placer la justice face à ses responsabilités. Pour les initiateurs, ce n’est pas seulement une affaire de procédure, mais un combat pour l’État de droit, la mémoire historique, et la mobilisation démocratique dans un pays en transition incertaine.

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