Kenya : « Kifo Kisimani », une pièce sur l’autoritarisme qui entre en résonance avec l’actualité

Kenya : « Kifo Kisimani », une pièce sur l’autoritarisme qui entre en résonance avec l’actualité

Un classique théâtral à la portée toujours aussi puissante

Jouée à Nairobi les 2 et 3 août, la pièce Kifo Kisimani (« La mort dans le puits » en swahili), écrite par Kithaka wa Mberia en 2001, revient sur les planches avec une puissance symbolique renouvelée. Écrite à la fin du régime autoritaire de Daniel arap Moi, cette œuvre met en lumière les dérives d’un pouvoir oppressif à travers l’histoire de Mwelusi, jeune homme persécuté pour avoir osé résister.

Sur scène, Gadwill Odhiambo incarne Mwelusi, « une voix du changement » face à la brutalité du roi fictif Mtemi Bokono. Trahi malgré sa bravoure, il devient symbole de résilience et d’interrogation sociale : « Que faisons-nous, chacun à notre échelle, pour impulser le changement ? », interroge l’acteur.

Une œuvre en swahili : le choix du peuple

La pièce est jouée entièrement en swahili, un choix assumé par le metteur en scène Martin Kigondu : « Le swahili, c’est la langue qui nous unit au-delà des ethnies. C’est la langue du peuple, et c’est en elle que le message peut vraiment porter. » Dans un contexte linguistique souvent dominé par l’anglais, ce retour au swahili revendique une forme de résistance culturelle et un accès direct aux émotions populaires.

Un miroir troublant de l’actualité kényane

Préparée bien avant les événements récents, Kifo Kisimani a vu sa pertinence renforcée par l’actualité brûlante au Kenya. Les dernières semaines ont été marquées par des manifestations contre la vie chère et la répression policière. Les échos de violences, d’arrestations arbitraires et de régression démocratique offrent un parallèle troublant avec la fiction de la pièce.

Pour Shiko Ngure, productrice du spectacle, cette résonance involontaire est révélatrice : « Le texte date de 2001, mais il parle encore à notre réalité. C’est le signe que nous avons peut-être peu évolué sur certains enjeux fondamentaux. » L’art, dit-elle, agit comme un miroir, et c’est au public d’en tirer les leçons : « Où en sommes-nous, en tant que peuple ? »

Conclusion

Kifo Kisimani n’est pas qu’une simple performance théâtrale. En revenant sur scène en pleine crise démocratique, la pièce rappelle le rôle fondamental de l’art dans l’interpellation des consciences et la mémoire collective. Plus qu’une critique du passé, elle devient un appel à l’action dans le présent, à une époque où les voix dissidentes doivent à nouveau lutter pour se faire entendre. Le théâtre kényan, ici, soulève la question que beaucoup refusent d’affronter : avons-nous vraiment tourné la page de l’autoritarisme ?

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