Cameroun : des rendements cotonniers exemplaires, mais une filière sous tension

Cameroun : des rendements cotonniers exemplaires, mais une filière sous tension

Garoua, vitrine de l’excellence cotonnière africaine

La ville de Garoua, au nord du Cameroun, a accueilli récemment les célébrations des 20 ans de l’Association des producteurs de coton africain (AProCa). Un choix symbolique : avec des rendements dépassant 1 500 kg de coton par hectare, le Cameroun fait figure de modèle sur le continent, loin devant le Burkina Faso ou le Togo, où la moyenne tourne autour de 850 kg/ha.

Ce succès s’explique par l’application stricte des itinéraires techniques : préparation rigoureuse des sols, respect du calendrier agricole, utilisation raisonnée des engrais et des insecticides, ainsi que la qualité des semences. À cela s’ajoute un système de sélection rigoureux : les producteurs ne parvenant pas à atteindre un seuil minimum de performance sont exclus du dispositif.

Une campagne 2024 en net recul

Malgré ces performances, la campagne en cours (2024-2025) s’annonce décevante. Après une récolte de près de 400 000 tonnes lors de la saison précédente — ce qui a hissé le Cameroun au troisième rang africain — la production devrait chuter à environ 290 000 tonnes cette année.

Les causes sont multiples : inondations, saison sèche prolongée, attaques de jassides (insectes ravageurs très présents en Afrique de l’Ouest) et retards dans la mise à disposition de produits phytosanitaires adaptés. Autant de facteurs qui ont pesé lourdement sur la production.

Une filière fragile face à l’absence de subventions

Contrairement à ses voisins, le Cameroun ne subventionne pas les engrais. Si cette autonomie peut sembler être un indicateur de maturité économique, la réalité est plus nuancée. Les cotonculteurs reçoivent les engrais en avance via un fonds de roulement, mais doivent rembourser leur coût après la vente du coton, souvent à crédit.

Avec la flambée des prix des intrants depuis la guerre en Ukraine, de nombreux petits producteurs s’enfoncent dans l’endettement, cultivant davantage pour rembourser que pour dégager un revenu.

Une ambition de relance à l’horizon 2030

Malgré le coup d’arrêt que représente cette campagne, les autorités visent une reprise progressive de la production, avec un objectif de 600 000 tonnes d’ici 2030. À Garoua, les professionnels du secteur espèrent désormais un soutien plus clair de l’État, pour faire face à un contexte climatique et économique de plus en plus incertains.

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