Afrique-Russie : l’impact des sanctions occidentales sur les échanges depuis la guerre en Ukraine
Des relations commerciales bousculées depuis 2022
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les sanctions économiques imposées par l’Occident ont profondément modifié la dynamique commerciale entre Moscou et l’Afrique subsaharienne. C’est ce que révèle une étude de Thierry Vircoulon, publiée par l’Institut français des relations internationales (IFRI), le 31 mai 2025.
Avant ces sanctions, les échanges entre la Russie et l’Afrique subsaharienne s’élevaient à 22 milliards de dollars, soit moins que les échanges avec la Turquie (40 milliards) ou la France (30 milliards), mais demeuraient significatifs, notamment dans les secteurs miniers et énergétiques.
Retrait, ralentissement ou clandestinité : des effets directs sur les investissements
Les sanctions ont entraîné une série de replis stratégiques :
- Retrait partiel ou total de projets en Afrique australe (Zimbabwe, Afrique du Sud, Angola).
- Gel de partenariats en cours, notamment dans l’extraction minière ou les hydrocarbures.
- Perte de financement pour les grands projets russes, affaiblis par les restrictions financières internationales.
Ces changements ont aussi touché les consortiums mixtes, poussant les partenaires occidentaux à chercher de nouveaux alliés pour éviter toute exposition aux sanctions.
Armement en baisse, pétrole en hausse : une redirection des priorités
Longtemps principal fournisseur d’armes en Afrique, la Russie voit aujourd’hui cette activité décliner, mobilisée par les besoins croissants de l’armée russe en Ukraine. En parallèle, certains secteurs, comme l’or, ont basculé dans l’informalité, avec une utilisation accrue de sociétés écrans et d’intermédiaires opaques.
À l’inverse, les exportations de carburants raffinés russes vers l’Afrique ont bondi. Moscou y a trouvé un débouché alternatif face au boycott occidental, vendant son pétrole à bas prix, voire en dessous du plafond fixé par le G7 et l’UE, ou via des canaux illicites (flotte fantôme).
Le commerce se réinvente malgré les sanctions
Malgré ces bouleversements, la promotion du commerce russo-africain se poursuit. Si de grands investissements sont mis en pause ou ralentis, les volumes commerciaux restent soutenus, portés notamment par le pétrole, les céréales, et une diplomatie économique plus active de Moscou sur le continent.
Conclusion
Les sanctions occidentales ont redessiné les contours de la relation économique entre l’Afrique et la Russie, affaiblissant certains secteurs (investissements miniers, armement) tout en redéployant l’effort commercial vers des segments plus souples, comme l’énergie. Entre adaptation, contournement et reconfiguration, les échanges se poursuivent, souvent dans des formes plus discrètes mais toujours stratégiques, révélant une résilience opportuniste des relations russo-africaines face à un nouvel ordre géopolitique.

Votre article aborde le sujet avec sensibilité.