Soudan : La nomination de Kamel Idriss, un pari risqué pour l’armée
Dissolution du gouvernement intérimaire et prise de fonction
Dimanche 30 mai, le Premier ministre Kamel Idriss a officiellement dissous le gouvernement intérimaire soudanais, deux semaines seulement après sa nomination par le général Abdel Fattah al-Burhan. Il a chargé les ministères de gérer les affaires courantes dans l’attente d’une nouvelle équipe gouvernementale. Ancien haut fonctionnaire des Nations unies, Kamel Idriss arrive à la tête d’un État dévasté par la guerre civile entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR), débutée en avril 2023.
Une nomination sans consensus national
La désignation de Kamel Idriss n’a pas fait l’objet d’un consensus entre les forces politiques soudanaises. Au contraire, elle suscite de profondes divisions, y compris au sein du camp qui soutient l’armée. Plusieurs partis politiques estiment qu’il est prématuré de former un gouvernement tant que le conflit armé n’est pas résolu. D’autres dénoncent l’illégalité d’une nomination unilatérale par le chef de l’armée, sans consultation ni cadre légal clair.
Réactions internationales contrastées
Malgré les critiques internes, la nomination de Kamel Idriss a été saluée par plusieurs capitales arabes et africaines. L’armée tente de présenter cette décision comme une ouverture vers un gouvernement civil, dans l’espoir de sortir de l’isolement diplomatique dans lequel elle est plongée depuis le coup de force contre le gouvernement Hamdok en 2021. Le Soudan reste suspendu de l’Union africaine et marginalisé sur la scène internationale.
Un espoir fragile pour l’armée
Pour certains analystes, l’arrivée de Kamel Idriss peut être perçue comme une tentative de l’armée de reprendre l’initiative politique. Isolée, affaiblie sur le plan militaire, elle cherche à restaurer sa légitimité interne et externe. Toutefois, sans appui populaire ni consensus politique, cette stratégie pourrait rapidement se heurter à la réalité du terrain et à l’enlisement du conflit.
Conclusion
La nomination de Kamel Idriss à la tête du gouvernement soudanais apparaît comme une manœuvre risquée de la part du général al-Burhan. Si elle peut offrir un sursis diplomatique à l’armée, elle ne règle ni la crise politique, ni l’urgence humanitaire, ni la guerre qui ravage le pays. Sans véritable accord national, cette tentative de retour à la normale pourrait bien se révéler illusoire.
