Congo : une société civile dénonce une « violence excessive » après une tentative d’évasion à Brazzaville
Le 23 mai 2025, au petit matin, une tentative d’évasion de jeunes détenus à CNSS-Texaco-la Tsiémé, un bâtiment administratif reconverti en prison, a viré au drame dans la capitale congolaise. Le bilan officiel fait état de 6 morts, 8 blessés hospitalisés, et une cinquantaine de détenus évadés. Mais pour la société civile, ce n’est que la partie visible d’un système carcéral violent et illégal.
Une prison « symbole de l’horreur »
Le Centre d’actions pour le développement (CAD), une organisation congolaise de la société civile, dénonce un usage disproportionné de la force par les forces de l’ordre. « Ce sont des jeunes non armés qui ont tenté de fuir une prison devenue le symbole de l’horreur », affirme Trésor Nzila, directeur exécutif du CAD. « Les forces de l’ordre n’ont pas hésité à ouvrir le feu pour contenir l’évasion. »
Cette prison de fortune est l’un des centres de détention improvisés créés dans le cadre de l’opération « Coup de poing », lancée en mai 2024 pour lutter contre la délinquance juvénile, notamment les « kulunas » et « bébés noirs ». Mais les conditions de détention y sont jugées inhumaines : promiscuité extrême, privation de visites, accès limité aux soins.
Appel à une enquête indépendante
Le CAD demande une enquête indépendante pour faire la lumière sur les violences du 23 mai et exige la fermeture immédiate du centre de détention. « Nous avons alerté à plusieurs reprises sur les violations des droits humains dans ces lieux de détention illégaux, sans que rien ne soit fait », regrette Trésor Nzila. « Ce drame était malheureusement prévisible. »
Le procureur de la République, quant à lui, justifie l’usage de la force par le caractère violent de l’évasion, survenue « sous une pluie battante », précisant que les détenus « ont défoncé les portes de leurs cellules ».
Une opération sécuritaire de plus en plus controversée
L’opération « Coup de poing », conjointe entre police et gendarmerie, commence à susciter de vives critiques. Conçue pour rétablir la sécurité face à la montée de la criminalité urbaine, elle semble aujourd’hui générer ses propres dérives, à commencer par la détention arbitraire de mineurs dans des conditions extrêmes.
