RDC : au Nord-Kivu, les sinistrés de Sake peinent à se relever après les affrontements

RDC : au Nord-Kivu, les sinistrés de Sake peinent à se relever après les affrontements

Deux mois après les combats meurtriers qui ont ravagé les environs de Goma, au Nord-Kivu, la situation reste dramatique pour des milliers de sinistrés. Longtemps considérée comme le verrou défensif de Goma, la cité stratégique de Sake a été l’épicentre de violents affrontements entre les forces armées congolaises (FARDC) et les rebelles de l’AFCF/M23.
Depuis la prise de la ville par les forces gouvernementales, fin janvier, de nombreux déplacés ont tenté de rentrer chez eux. Mais malgré un retour progressif de la sécurité, ils font face à des conditions de vie désastreuses.

Un quotidien fait de faim, d’angoisse et de privations

Dans le quartier Mayutsa, le manque de vivres est devenu le premier ennemi. Devant un vieux pilon en bois, Faida, mère de huit enfants, et Aimerance Zawadi, partagent le peu de manioc qu’elles arrivent à trouver :
« Nous ne craignons plus les balles, mais la faim. Nous avons perdu nos récoltes et il n’y a plus de ravitaillement. Que les autorités nous apportent de la nourriture et des semences pour recommencer à cultiver », lance Faida, la voix nouée d’émotion.
Aimerance ajoute : « La journée, on reste assis à la maison, faute de travail. Nos enfants, même en rentrant de l’école, n’ont rien à manger. C’est un combat quotidien pour trouver le moindre repas. »

Des terres minées et des champs abandonnés

La peur continue aussi de régner dans les campagnes. Neama Kizungu, agricultrice, raconte son angoisse :
« Aller au champ est devenu un risque. Les champs sont truffés d’engins explosifs abandonnés lors des combats. Nous avons peur de marcher sur une mine ou de manipuler un objet dangereux en cultivant », explique-t-elle.
De nombreux habitants, comme Neama, ont cessé de cultiver, aggravant ainsi l’insécurité alimentaire dans la région.

Des habitations détruites, des familles sans abri

Les destructions matérielles sont tout aussi lourdes. Bauma, jeune père de famille, vit aujourd’hui sous une bâche de fortune, après que sa maison a été pulvérisée lors d’un raid aérien :
« Nous avions passé quatre semaines à construire cette maison. Elle était toute neuve. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien. Dormir sous une bâche en plastique, sous la pluie ou le vent, est devenu notre quotidien. Nous lançons un appel à l’aide pour reconstruire nos habitations détruites », témoigne-t-il avec amertume.

À Sake, ce sont des centaines de maisons qui ont été détruites, laissant de nombreuses familles sans abri. D’autres habitations sont restées désertes, leurs occupants ayant péri lors des combats ou ayant fui vers des camps de fortune, dans des conditions précaires.

Une situation humanitaire critique

Selon des sources locales et humanitaires, plus de 50 000 personnes seraient aujourd’hui affectées dans la zone de Sake et ses alentours. L’accès humanitaire reste difficile en raison de la menace persistante des mines, et les besoins en vivres, abris, soins médicaux et accès à l’eau potable sont immenses.

Dans ce climat d’abandon, les sinistrés espèrent un soutien rapide du gouvernement congolais et des organisations humanitaires pour entamer la reconstruction de leur vie.
Le silence de la communauté internationale, face à cette détresse, commence aussi à susciter colère et incompréhension parmi la population locale.

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