Afrique du Sud : ouverture du procès de l’assassinat des Cradock Four, 40 ans après

Afrique du Sud : ouverture du procès de l’assassinat des Cradock Four, 40 ans après

Un crime politique non résolu depuis 1985

Quarante ans après leur assassinat, la justice sud-africaine rouvre enfin le dossier des Cradock Four, quatre jeunes militants anti-apartheid – Matthew Goniwe, Fort Calata, Sparrow Mkhonto et Sicelo Mhlauli – enlevés, torturés et tués par la police du régime en juin 1985. Les quatre hommes, membres actifs du Front démocratique uni, s’étaient rendus à une réunion politique, sans jamais en revenir. Depuis, plusieurs tentatives judiciaires ont échoué à traduire les responsables en justice, notamment en raison de la mort de nombreux accusés.

Témoignages poignants des familles, premières audiences

Le procès, qui s’ouvre en 2025, commence par une phase dédiée aux familles des victimes. Ces dernières, engagées depuis des décennies dans une quête de vérité, livrent à la barre des récits empreints de douleur et de détermination. Lukhanyo Calata, fils de Fort Calata, dénonce une injustice qui perdure : « Nous pensions que la justice serait rendue. Mais 40 ans plus tard, nous sommes encore là, à nous battre. » Lui-même devenu père, il revendique un combat moral pour que les crimes du passé ne tombent pas dans l’oubli.

Une impunité qui interroge les fondements de la justice post-apartheid

L’affaire met en lumière les limites du processus de réconciliation sud-africain. La Commission vérité et réconciliation (CVR), instaurée après l’élection de Nelson Mandela, avait certes permis de reconnaître certains faits, mais sans toujours déboucher sur des condamnations judiciaires. L’ancien président F.W. de Klerk, souvent critiqué pour son rôle trouble dans cette période, est décédé sans jamais avoir été inquiété. Pour les familles, cette impunité a envoyé un message dangereux : celui que certains crimes, même les plus graves, peuvent rester sans conséquence.

Le rôle de l’ANC également questionné

Autre enjeu de taille dans ce procès : le rôle de l’ANC, le parti au pouvoir depuis 1994. Certains membres des familles accusent le parti de n’avoir pas suffisamment œuvré pour faire éclater la vérité, voire d’avoir, à certains moments, tenté d’enterrer certains dossiers sensibles pour préserver une image d’unité. Face à ces critiques croissantes, le gouvernement a récemment annoncé la création d’une nouvelle commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les crimes non résolus de l’apartheid. Une décision perçue comme un premier pas, mais encore insuffisant.

Conclusion

Le procès des Cradock Four ne vise pas seulement à rendre justice à quatre militants tombés pour la liberté. Il est aussi un révélateur des failles persistantes dans la mémoire et la justice post-apartheid. Pour les familles, il s’agit de ne plus tolérer le silence, de faire de la justice un pilier réel de la société sud-africaine. Ce procès, s’il va jusqu’au bout, pourrait ouvrir la voie à une reconnaissance plus large des crimes du passé et à une réparation morale pour toutes les victimes oubliées de l’apartheid.

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