Qui succédera à Akinwumi Adesina à la tête de la Banque africaine de développement ?
Une élection décisive pour l’avenir de la BAD
Jeudi 29 mai 2025, les regards du monde financier africain se tourneront vers Abidjan, où les 81 actionnaires de la Banque africaine de développement (BAD) se réuniront pour élire le prochain président de cette institution clé du développement panafricain. En poste depuis 2015, le Nigérian Akinwumi Adesina achève son second mandat, laissant derrière lui une banque renforcée, mais confrontée à de nouveaux défis.
Cinq personnalités, toutes expérimentées et reconnues, sont en lice pour lui succéder. RFI leur a donné la parole dans une série d’interviews à retrouver en ligne.
Un scrutin sous haute tension
Si les actionnaires africains détiennent 60 % des droits de vote, les pays non régionaux comme les États-Unis, le Japon ou la France restent influents. Le vote du Nigeria, premier actionnaire africain, ainsi que celui de Washington, seront décisifs. L’incertitude règne, d’autant plus que la banque pourrait bientôt perdre 550 millions de dollars de financements américains. Le choix du futur président ou présidente sera donc crucial pour maintenir la stabilité financière de la BAD et renforcer son influence sur le continent.
Les cinq candidats en lice
Amadou Hott (Sénégal)
Ancien ministre de l’Économie du Sénégal, Amadou Hott, 52 ans, connaît bien les arcanes de la BAD, où il a été vice-président. Aujourd’hui envoyé spécial pour l’infrastructure verte en Afrique, il plaide pour une BAD qui soutienne massivement les grands projets d’infrastructure créateurs d’emplois. Fort d’un profil technocratique et d’une longue expérience bancaire, il veut faire entendre la voix de l’Afrique sur la scène mondiale.
Samuel Munzele Maimbo (Zambie)
Soutenu par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le Zambien de 52 ans est un ancien haut cadre de la Banque mondiale. Il a joué un rôle central dans la mobilisation de fonds pour l’IDA. Son programme vise à renforcer l’impact des actions de la BAD, en s’attaquant aux barrières commerciales, en soutenant l’agriculture, l’inclusion des jeunes et des femmes, et l’essor des industries culturelles africaines.
Sidi Ould Tah (Mauritanie)
À la tête de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pendant près d’une décennie, Sidi Ould Tah, 60 ans, a su mobiliser des financements arabes pour le continent. Son ambition pour la BAD : multiplier ses capacités de financement, formaliser l’économie informelle et accélérer l’industrialisation de l’Afrique. Son expérience dans la coordination régionale et l’innovation financière fait de lui un candidat sérieux.
Abbas Mahamat Tolli (Tchad)
Ancien gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Abbas Mahamat Tolli, 53 ans, se présente comme l’homme du redressement budgétaire. Malgré des critiques sur sa gouvernance passée, il revendique une meilleure gestion des réserves et un assainissement des finances. Il veut faire de la sécurité alimentaire, des énergies renouvelables et du développement des marchés financiers locaux ses priorités.
Bajabulile Swazi Tshabalala (Afrique du Sud)
Seule femme en lice, Bajabulile Swazi Tshabalala, 58 ans, a été vice-présidente de la BAD jusqu’en 2024. Issue du secteur privé, elle prône une stratégie d’accélération des projets existants, en particulier les infrastructures, grâce à un partenariat renforcé avec le secteur privé. Son programme, Lift Africa, vise à dynamiser les capacités internes de la BAD sans révolutionner son cap stratégique.
Un contexte économique et politique sous pression
Cette élection intervient à un moment critique. La BAD joue un rôle central dans le financement de projets clés pour l’avenir du continent : accès à l’énergie, sécurité alimentaire, infrastructures régionales, et soutien à l’entreprenariat féminin. La réduction annoncée des financements américains rend d’autant plus urgente la nécessité d’explorer de nouvelles sources de financement et de renforcer la coopération Sud-Sud.
La modernisation de projets phares comme le corridor ferroviaire de Lobito, entre la RDC et l’Angola, illustre l’ambition d’une Afrique mieux connectée et industrialisée. Le futur président ou présidente de la BAD devra conjuguer vision stratégique, capacité de mobilisation des capitaux, et leadership politique.
Une course ouverte pour une institution stratégique
Dans ce jeu d’équilibres géopolitiques et financiers, les candidats avancent leurs atouts et leurs visions pour une BAD au service d’une croissance inclusive, verte et souveraine. Le choix du 29 mai ne sera pas seulement celui d’un dirigeant, mais celui d’une orientation politique et économique majeure pour l’Afrique des années à venir.

Un sujet important traité avec beaucoup de clarté.