Adama Lam : « Les entreprises sénégalaises ne bénéficient pas encore des effets de cette volonté de rupture de l’État »
Un discours de rupture économique ambitieux
Depuis leur arrivée au pouvoir en mars 2024, le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont érigé la souveraineté économique en priorité nationale. Dans le cadre de leur programme de rupture, plusieurs réformes audacieuses ont été entreprises :
- Audit des finances publiques pour améliorer la transparence et la gestion des fonds publics.
- Renégociation des contrats gaziers et pétroliers, jugés désavantageux pour le Sénégal.
- Annulation de contrats et arrêt de chantiers publics pour réévaluer leur pertinence économique.
Cependant, ces décisions ont suscité des interrogations, notamment de la part du Fonds Monétaire International (FMI). Lors de sa dernière mission à Dakar, le FMI a abaissé ses prévisions de croissance économique, annonçant un PIB réel en hausse de 6 %, contre 7,1 % initialement prévu. Hors hydrocarbures, cette croissance devrait plafonner à 3,3 %.
Dans ce contexte, Adama Lam, président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), analyse l’impact des réformes sur le secteur privé.
Une reconnaissance symbolique, mais des résultats encore attend
Lors d’un entretien avec Jeune Afrique, Adama Lam a reconnu certains signaux positifs de la nouvelle administration. Le patronat et les chambres consulaires ont rapidement été conviés à des échanges avec les plus hautes autorités. De plus, la Vision Sénégal 2050, dévoilée en octobre 2024, met l’accent sur le rôle central du secteur privé national dans le développement économique.
Cependant, Adama Lam estime que cette vision reste incomplète et insuffisamment connectée aux préoccupations des entrepreneurs sénégalais. Il souligne que, malgré les annonces, les entreprises nationales peinent encore à percevoir les effets concrets des réformes engagées :
- Les procédures administratives restent lourdes pour les entreprises locales.
- Les investissements publics stratégiques, notamment dans les infrastructures, ne sont pas encore pleinement adaptés aux besoins du secteur privé national.
Les défis à relever pour une véritable souveraineté économique
Adama Lam identifie plusieurs obstacles qui freinent l’émergence d’un secteur privé robuste et compétitif :
- Accès limité au financement : Les PME sénégalaises continuent de souffrir d’un manque de financement adapté, freinant leur expansion.
- Concurrence étrangère : Les entreprises locales peinent à rivaliser avec les multinationales qui bénéficient souvent de contrats avantageux.
- Manque d’implication dans les projets stratégiques : Malgré les promesses de souveraineté, de nombreux projets pétroliers et gaziers ne profitent pas encore suffisamment aux entreprises sénégalaises.
Adama Lam appelle donc à une meilleure intégration du secteur privé national dans les projets de développement, notamment en matière de contenu local.
Un programme ambitieux, mais un impact à clarifier
Selon Adama Lam, si les annonces de rupture et de souveraineté économique sont encourageantes, leur mise en œuvre doit encore démontrer des effets concrets pour le secteur privé. La Vision Sénégal 2050, bien que prometteuse, nécessite des ajustements pour mieux refléter les besoins des entreprises locales.
Il exhorte également l’État à instaurer un cadre de dialogue régulier entre les autorités et les acteurs économiques. Seule une collaboration renforcée permettra d’assurer que les réformes engagées bénéficient réellement au secteur privé sénégalais, pilier incontournable d’une souveraineté économique durable.

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