Madagascar : le fanorona, l’art royal de la stratégie remis en lumière
Un héritage des rois merina
Le fanorona est un jeu de stratégie ancestral né au XVIᵉ siècle sur les Hautes-Terres malgaches, dans la ville royale de Merimanjaka. Autrefois réservé aux héritiers de la royauté merina, il servait à affûter leurs capacités d’analyse et à préparer les batailles contre les autres royaumes. Progressivement, le jeu a quitté les palais pour se répandre dans les villages et les rues de toute l’île.
Aujourd’hui, bien que son prestige ait décliné faute de transmission, des passionnés tentent de le réhabiliter, convaincus de ses bienfaits pour la concentration et l’agilité intellectuelle.
Le jeu comme école de vie
Sur les tables en béton de la cité Analamahitsy, à Antananarivo, les pions rouges et bleus s’enchaînent sous les mains expertes de Fetra Andriamampianina, président de la fédération régionale de fanorona, et de son élève, le triple champion de Madagascar Jean-Marie Andriatsarafara, alias Zamabe.
Pour ce dernier, le fanorona est bien plus qu’un passe-temps :
« Les chrétiens ont la Bible, les musulmans le Coran, et nous, Malgaches, avons le fanorona. C’est notre livre divin. »
Le jeu enseigne l’anticipation, la prudence et la capacité à tirer des leçons de ses erreurs, des qualités transposables à la vie quotidienne et, potentiellement, à la politique.
Un lien social intergénérationnel
Contrairement aux échecs, le fanorona permet plusieurs prises en un seul coup, favorisant l’audace mais punissant la précipitation. Pour Sariaka Razanamparany, fondatrice de l’association Pi Lalao, qui organise des séances dans les restaurants d’Antananarivo, ce jeu est aussi un formidable outil social :
« En réintroduisant le fanorona, on recrée des liens entre générations. Il n’y a pas d’âge pour y jouer : un père et son fils peuvent s’affronter autour du même plateau. »
Conclusion
Le fanorona est un trésor culturel malgache, à la croisée du patrimoine et de l’apprentissage stratégique. Héritage royal devenu jeu populaire, il continue d’inspirer ceux qui voient en lui une école de réflexion et un vecteur de transmission. Sa renaissance actuelle témoigne de la volonté de redonner vie à des traditions porteuses de valeurs universelles, tout en restant profondément ancrées dans l’identité malgache.

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