Athlétisme : La CEDH reconnaît une atteinte au droit de Caster Semenya à un procès équitable
Une victoire partielle pour Caster Semenya
Le 10 juillet 2025, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a estimé que la championne sud-africaine Caster Semenya n’avait pas bénéficié d’un procès équitable lorsqu’elle avait contesté les règles de World Athletics sur le traitement hormonal imposé aux athlètes hyperandrogènes. Si cette décision marque un tournant dans le combat de l’athlète pour ses droits, elle n’aborde toutefois pas le fond du débat, à savoir la légitimité de la réglementation qui l’empêche de concourir sans traitement médical.
Une reconnaissance limitée mais symbolique
Dans son arrêt, la Grande chambre de la CEDH a reconnu que la Suisse — et notamment son Tribunal fédéral — avait manqué à son devoir d’examiner rigoureusement le recours de Semenya contre la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS). La Cour a en revanche jugé irrecevable son grief pour discrimination, estimant qu’il ne relevait pas de la juridiction suisse. La Suisse est condamnée à verser 80 000 euros à l’athlète au titre des frais de justice.
Réactions et conséquences dans le monde du sport
Caster Semenya a salué ce qu’elle appelle un « résultat positif », tout en affirmant que « le combat n’est pas terminé ». Son avocate, Schona Jolly, a souligné que l’arrêt représentait un signal fort à destination des institutions sportives, rappelant que les droits fondamentaux des athlètes doivent être respectés.
Le ministère sud-africain des Sports a également pris position, réaffirmant son engagement à poursuivre la lutte pour les droits de Semenya. Des experts juridiques comme Antoine Duval et Seema Patel estiment que cette décision, bien que partielle, relance le débat sur la légitimité des réglementations imposées aux athlètes intersexes.
Un combat pour la dignité et l’intégrité corporelle
Double championne olympique et triple championne du monde, Caster Semenya a toujours refusé de se soumettre aux traitements hormonaux imposés depuis 2018 par World Athletics pour pouvoir concourir dans la catégorie féminine sur 800 m. Son cas soulève des questions profondes sur les droits corporels, la justice sportive et la place des personnes intersexes dans le sport de haut niveau.
Conclusion
La décision de la CEDH représente une avancée importante, même si elle reste incomplète. Elle reconnaît que Caster Semenya n’a pas été entendue de manière équitable, tout en laissant entière la controverse sur la réglementation de World Athletics. Ce jugement renforce néanmoins l’idée que les athlètes doivent bénéficier d’une protection renforcée de leurs droits fondamentaux, ouvrant la voie à de nouvelles contestations juridiques. Le combat de Caster Semenya, bien plus qu’une affaire personnelle, est devenu un symbole de la lutte pour la justice et l’égalité dans le sport international.
