RDC–Rwanda : après l’accord de paix de Washington, le désarmement des FDLR fait polémique
Un accord signé, mais déjà contesté
Quelques jours à peine après la signature d’un accord de paix à Washington entre la RDC et le Rwanda, les premières tensions émergent autour de sa mise en œuvre. Au cœur des discussions : la neutralisation des FDLR, ces combattants hutus rwandais présents depuis des décennies dans l’est congolais, et considérés par Kigali comme une menace majeure à sa sécurité nationale.
L’accord prévoit deux mesures clés à mettre en œuvre dans un délai de trois mois : le désarmement et la neutralisation des FDLR par Kinshasa, et le retrait progressif des troupes rwandaises de l’est du Congo. Mais les deux capitales ne s’accordent pas sur la séquence des opérations. Le Rwanda insiste pour que la neutralisation des FDLR précède tout retrait militaire, tandis que Kinshasa temporise.
Une milice instrumentalisée ?
Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU, publié le 2 juillet, jette de l’huile sur le feu. Il affirme que, de janvier à mai 2025, une présence massive de troupes rwandaises a été observée dans l’est congolais. Le rapport réaffirme également que les FDLR et les Wazalendos – une coalition de milices patriotiques soutenues par Kinshasa – collaborent étroitement, brouillant davantage les lignes de l’accord.
Pour Martin Ziakwau, enseignant en Relations internationales à l’Université catholique du Congo, cette proximité rend la neutralisation des FDLR très délicate :
« Cela nécessite l’adhésion des Wazalendos. Or, certains pourraient s’opposer à l’accord, voire se retourner contre le gouvernement, notamment dans le cadre des négociations en cours avec le M23 », analyse-t-il.
Où en sont les FDLR aujourd’hui ?
Selon les estimations onusiennes, les FDLR compteraient environ 1 000 combattants début 2025, bien que ce chiffre reste difficile à vérifier. L’aile dure, composée d’anciens génocidaires de 1994, ne dépasserait pas la centaine d’hommes. Le reste des troupes serait formé de nouveaux membres, souvent nés en RDC, mais toujours imprégnés de l’idéologie originelle du mouvement, selon un chercheur cité anonymement.
Avant l’offensive du M23 en janvier, les FDLR étaient installés entre Rutshuru, Masisi et Lubero. Depuis, ils se seraient dispersés, formant des poches de résistance dans des zones désormais sous contrôle du M23.
Des pertes importantes et une figure capturée
Le rapport onusien souligne également que, malgré ses engagements, l’armée congolaise a continué à collaborer avec les FDLR contre le M23. Ces derniers ont subi de lourdes pertes, notamment à Saké et Goma, où leur numéro 2, le général Ezéchiel Gakwerere, a été capturé en mars.
Ancien sous-lieutenant de l’armée rwandaise impliqué dans le génocide des Tutsi en 1994, son nom est cité dans plusieurs dossiers du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Il avait fui en RDC après la chute du régime génocidaire, où il a ensuite gravi tous les échelons au sein des FDLR.
Conclusion : paix fragile et désarmement incertain
Alors que l’accord de paix entre Kinshasa et Kigali était salué comme un tournant diplomatique, les désaccords sur la séquence du désarmement des FDLR montrent combien le terrain reste complexe. Les alliances croisées, les intérêts militaires et les fantômes du génocide rwandais compliquent considérablement la mise en œuvre d’une paix durable.
Tant que la confiance mutuelle ne sera pas restaurée et que toutes les parties armées ne seront pas incluses dans une véritable solution politique, le risque de basculement reste élevé dans l’est de la RDC.

Une analyse qui met en avant les défis sociétaux. Concernant « RDC–Rwanda : après l’accord de paix de Washington, le désarmement des FDLR fait polémique », c’est un point de vue intéressant.