Afrique du Sud : Un an après sa formation, la coalition gouvernementale vacille sous un nouveau scandale
La coalition d’unité nationale fragilisée
Le gouvernement d’unité nationale (GNU), mis en place en Afrique du Sud après les élections législatives de 2024, fête son premier anniversaire dans un climat de fortes tensions. Le mardi 1er juillet 2025, l’Alliance démocratique (DA), principal partenaire de coalition de l’ANC, a porté plainte contre Nobuhle Nkabane, ministre de l’Enseignement supérieur issue du Congrès national africain. Elle l’accuse de corruption et de nominations frauduleuses, en lien avec des réseaux clientélistes au sein de structures éducatives.
Cette affaire, couplée à une autre enquête en cours visant Thembi Simelane, ancienne ministre de la Justice aujourd’hui à l’Habitat, souligne un profond malaise au sein de la coalition et réactive les critiques sur l’inaction du président Cyril Ramaphosa face aux scandales de gouvernance.
La DA entre opposition et pouvoir
Malgré ces attaques frontales, la DA refuse de quitter la coalition, adoptant une posture paradoxale. Le parti accuse l’ANC de tolérer une corruption systémique au sein de l’exécutif, tout en affirmant qu’il reste engagé dans le gouvernement pour défendre l’intérêt général. Son député Baxolile Nodada a justifié cette plainte en déclarant que « le président refuse d’agir contre les ministres corrompus », rappelant que l’une des raisons initiales de la participation de la DA au GNU était précisément de lutter contre la corruption.
Ce double discours a été encore accentué par la mise à l’écart récente de leur ministre Andrew Whitfield, congédié pour un déplacement non autorisé à l’étranger. Ce limogeage, interprété comme une sanction politique, a renforcé la crispation au sein du gouvernement.
Une stratégie risquée à l’approche de 2029
La sortie de la DA du “dialogue national” lancé par Ramaphosa pour apaiser les tensions politiques marque un tournant. Si elle reste dans le gouvernement, elle se place désormais dans une posture de contre-pouvoir intérieur, critiquant vigoureusement ses partenaires tout en se posant en garant de la stabilité politique.
L’analyste Sanusha Naidu y voit un calcul stratégique à long terme : « La DA veut apparaître comme la force morale du gouvernement, mais elle prépare probablement une sortie de la coalition avant les élections de 2029. » Ce positionnement, à la fois offensif et ambivalent, sape la cohésion du GNU, dont les fondements reposent déjà sur une alliance de dix partis aux intérêts divergents.
Une coalition de plus en plus instable
Ce nouvel épisode illustre les limites croissantes des alliances politiques en Afrique du Sud. À un an d’existence, le gouvernement d’union nationale est miné par la méfiance, les accusations mutuelles, et une instabilité chronique. La DA semble vouloir garder un pied dans chaque camp : dans l’exécutif pour peser, mais en critique permanente pour se démarquer.
Ce fragile équilibre menace l’avenir même de la coalition. Car si l’ANC ne peut plus gouverner seul, la DA ne peut se permettre de sortir sans être perçue comme instable ou opportuniste. Une situation où chaque partenaire se tolère sans réellement coopérer — au détriment, sans doute, d’un pays en quête de réformes profondes et de gouvernance crédible.
